Le Dahomey a basculé cet après-midi sous la direction des Forces Armées. Le Commandant Mathieu Kérékou a mis fin au « Conseil Présidentiel », accusant le triumvirat civil d’avoir plongé la nation dans une crise existentielle et d’avoir bafoué les valeurs républicaines au profit d’intérêts partisans. L’Armée nationale promet solennellement au peuple « l’espoir d’une aube véritablement nouvelle ».

Une Constitution « source permanente de divisions »

L’intervention militaire, survenue ce jeudi 26 octobre 1972, est le point d’orgue d’une instabilité politique chronique qui menaçait d’embraser le pays. C’est la voix du Commandant Mathieu Kérékou, Chef d’état-major adjoint de l’Armée, qui a résonné sur les ondes de Radio Dahomey, détaillant les raisons du coup de force dans une allocution qualifiée de « Proclamation ».

L’Armée dénonce avec virulence le collège des trois anciens leaders – Hubert Maga, Sourou Migan Apithy et Justin Ahomadégbé-Tomettin – dénonçant leur mandat comme un « spectacle affligeant et humiliant ». Le Commandant Kérékou a mis en cause la nature même de la formule de gouvernance, affirmant sans détour que la Constitution de 1970 « **n’a jamais été qu’une source permanente de divisions et de conflits stériles, de haines, de vengeances, de mesquineries et d’incompréhension générale** ».

Un bilan accablant pour les civils

Selon le chef de bataillon, l’accord de succession tournante aurait fait de l’Acte Fondamental un « **instrument diabolique d’une politique irréaliste, réactionnaire et obscurantiste, au service d’intérêts égoïstes et mesquins** ». Les leaders déchus sont accusés d’avoir des objectifs limités à « **se succéder au pouvoir et de se partager impunément le Dahomey comme un vulgaire gâteau** ».

Le constat dressé par l’Armée est un réquisitoire sévère contre la gouvernance civile, décrivant un pays où la loi n’est plus respectée : « **Cette Constitution a institutionnalisé l’injustice, le favoritisme, le népotisme, la gabegie, la corruption et le régionalisme le plus abject et le plus criminel qui ont caractérisé et dégradé la vie de notre nation** ».

Pire, l’Armée affirme que le pays s’était dégradé au point d’être « **transformé en une jungle où ne comptaient que la haine et la loi du plus fort, où il n’y avait plus ni justice, ni égalité, ni dignité pour les masses populaires** ». Même l’institution militaire, dernier recours, aurait été atteinte, « **minée par l’esprit de division, d’aliénation, de démission et d’incompétence de ce collège de trois anciens politiciens** ».

L’Armée, « dernier rempart de la nation »

Face à cette « **situation inadmissible et dangereuse, qui mettait en péril la souveraineté nationale et l’intégrité du territoire** », l’Armée a décidé d’assumer sa « **vocation de sauvegarde de l’Unité, de la Paix et de la Sécurité du Dahomey** ».

En conséquence, le Commandant Mathieu Kérékou a déclaré que « **l’Armée nationale exerce désormais et jusqu’à nouvel ordre, la plénitude des pouvoirs dévolus à l’État dahoméen** ».

La Proclamation s’est achevée sur une triple acclamation, marquant l’engagement de la nouvelle direction : « **L’Armée s’engage solennellement à donner au peuple dahoméen, l’espoir d’une aube véritablement nouvelle.** **Vive l’Armée ! Vive la Révolution ! Vive le Dahomey !** »

Les institutions du Conseil Présidentiel sont de fait dissoutes. Le pays entre dans une nouvelle ère, désormais dirigée par une autorité militaire qui s’est donnée pour mission de restaurer l’unité et la dignité de la nation. L’Armée est désormais seule garante de l’ordre public et de la souveraineté nationale.

**COTONOU, 26 OCTOBRE 1972**

 

Ecoutez l’intégralité du discours du Commandant Mathieu Kérékou