En pleine vague de manifestations, le président malgache Andry Rajoelina a annoncé, ce lundi 29 septembre 2025, le renvoi de son Premier ministre et de l’ensemble de son gouvernement lors d’une allocution télévisée. Cette décision intervient après plusieurs jours de mobilisation populaire au cours desquels au moins 22 personnes ont été tuées, selon un bilan de l’ONU.

 

Le Chef de l’État entend la « jeunesse » et agit par décret

 

Dans son discours de 17 minutes, le président Rajoelina a déclaré avoir entendu les revendications, notamment celles de la jeunesse. Il a formalisé le limogeage en déclarant : « Suivant l’article 54 de la Constitution, j’ai décidé de mettre fin aux fonctions du Premier ministre et du gouvernement ».

Tout en exprimant sa compassion aux familles ayant perdu un proche, le président a détaillé la suite des opérations : « En attendant la nomination du nouveau gouvernement, ceux qui sont en place assureront l’intérim. Durant les trois prochains jours, nous allons recevoir les propositions de noms de Premier ministre. Ensuite, après sa nomination, un délai lui sera imparti pour la composition de son gouvernement. »

Pour la formation de la nouvelle équipe, Rajoelina a lancé un appel inédit à la candidature ouverte, cherchant à bâtir un gouvernement qui « travaillera pour le peuple, et qui accélèrera les travaux pour aider le peuple ». Il a invité tout citoyen malgache compétent souhaitant servir le pays et « loin de la corruption » à déposer son CV au palais d’État d’Ambohitsorohitra, ou par email et LinkedIn pour ceux résidant à l’étranger.

 

Répression dénoncée par l’ONU

 

La décision du renvoi intervient alors que la mobilisation ne faiblit pas. Ce lundi, plusieurs milliers de jeunes, rassemblés à l’appel du collectif Gen Z aux abords de l’Université d’Ankatso (Antananarivo), ont prolongé les protestations initiées jeudi contre les coupures d’eau et d’électricité et pour le respect des libertés fondamentales, demandant désormais la démission pure et simple du président. Les villes de Diego-Suarez, Antsirabé et Fianarantsoa ont également été touchées par ces mouvements.

Quelques heures avant l’allocution présidentielle, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « choqué par la réponse violente » à Madagascar. Il a indiqué qu’« au moins 22 personnes ont été tuées et plus d’une centaine d’autres blessées », dénonçant une répression « non-nécessaire et disproportionnée », avec des forces de sécurité accusées d’avoir utilisé des balles réelles.

Volker Türk exhorte « les autorités à garantir le respect des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique » et a demandé l’ouverture d’enquêtes « approfondies, indépendantes et transparentes » sur les violences.

De son côté, le gouvernement malgache limogé a tenu « à démentir fermement les informations selon lesquelles 22 personnes auraient perdu la vie lors des récentes manifestations liées aux coupures d’eau et d’électricité. Aucun chiffre officiel ne corrobore ce bilan […] », appelant les organismes internationaux à la vigilance face aux rumeurs et à la désinformation.