À l’approche de l’élection présidentielle au Cameroun, les pays voisins, dont le Tchad, la Centrafrique et le Congo, expriment des craintes quant aux tensions politiques et aux risques de troubles à la suite du scrutin.

Depuis l’instauration du multipartisme en 1990 par Paul Biya, le contexte actuel de l’élection présidentielle au Cameroun n’a jamais suscité autant de préoccupations, tant pour le pays que pour les nations voisines. Alors que le président sortant, âgé de 92 ans, brigue un huitième mandat consécutif, les tensions politiques se sont intensifiées, notamment avec l’invalidation début août de la candidature du principal opposant, Maurice Kamto. Cette situation, couplée aux conflits armés en cours, alimente les craintes d’une crise post-électorale.

La guerre contre les séparatistes dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun constitue un obstacle majeur à la tenue d’élections libres. Ce conflit, déclenché par un sentiment d’exclusion des populations anglophones, a fait des milliers de morts depuis 2016 et continue de paralyser la vie dans ces régions. Lors de la précédente présidentielle, le taux de participation dans ces zones avait chuté à 9 %, contre 54 % au niveau national, en raison d’un boycott imposé par les séparatistes.

En outre, l’extrême-nord du pays fait face à une recrudescence des attaques de Boko Haram, soulevant des inquiétudes quant à la sécurité du scrutin et à la possibilité de turbulences en cas de contestation des résultats. Comme pour toutes les élections depuis 1992, une victoire de Paul Biya est largement anticipée, avec des contestations attendues de la part des partis d’opposition.

Les conséquences d’une éventuelle crise ne se limitent pas au Cameroun. Les pays d’Afrique centrale, notamment le Tchad, la Centrafrique et le Congo, craignent également des répercussions. Le Cameroun, considéré comme la locomotive économique de la région, représente 45 % du PIB de la CEMAC. Les observateurs au Tchad, par exemple, surveillent de près la situation, car près de 90 % des importations et exportations du Tchad transitent par le port de Douala. La stabilité du Cameroun est donc intrinsèquement liée à celle du Tchad.

La situation est tout aussi préoccupante au Congo-Brazzaville, qui a renforcé ses relations économiques avec le Cameroun ces dernières années. Les autorités congolaises craignent qu’une issue défavorable à la présidentielle camerounaise n’entraîne des répercussions sur leur propre stabilité.

La République centrafricaine, en proie à des crises internes et à des enjeux électoraux imminents, garde également un œil sur le Cameroun. Un nouvel accord de défense signé récemment entre les deux pays souligne l’importance de la sécurité à la frontière commune. Toutefois, le pays fait face à des défis économiques majeurs qui compliquent encore la situation.

Enfin, le Gabon, dont la population se souvient des longues années de règne d’Omar Bongo, s’inquiète également des parallèles entre la situation actuelle au Cameroun et la fin de l’ère Bongo. Les Gabonais suivent de près l’évolution de la situation politique camerounaise, craignant des troubles qui pourraient se répercuter dans la région.

Les élections au Cameroun, prévues dans un climat de tension, sont donc scrutées avec une attention particulière par les pays voisins, qui redoutent des conséquences potentielles sur la stabilité régionale.