Des sillons boueux d’Akpamè aux écrans de millions d’internautes, Valère Tadagbé Houansou incarne cette Afrique qui refuse la résignation. À 31 ans, cet ingénieur agronome, inventeur et entrepreneur béninois démystifie le travail de la terre. À la tête d’un véritable écosystème d’entreprises et suivi par plus de 2,5 millions d’abonnés, il prouve chaque jour que l’agriculture de demain sera moderne, rentable et fièrement africaine. Julien Tohoundjo Dans ses yeux brille cette étincelle propre aux passionnés que rien n’arrête. Pour comprendre Valère Tadagbé Houansou, il faut remonter aux racines. Il faut retourner à Akpamè, ce petit village de la commune de Dangbo où tout a commencé le 23 décembre 1994. À l’âge où d’autres enfants ne pensent qu’aux jeux, le jeune Valère, à peine âgé de huit ans, enfonce déjà ses pieds nus dans la terre nourricière. Il accompagne son père. Il apprend le geste. Il sème, désherbe et récolte. À quinze ans, ses mains portent la corne des travaux durs, ceux que l’on réserve normalement aux adultes. C’est au cœur de cette rudes paysanne qu’une leçon paternelle gravée au fer rouge vient sceller son destin : « un véritable leader poursuit sa mission, même quand tous les autres abandonnent ». Cette exigence ne le quitte plus. Après un baccalauréat obtenu au Collège d’Enseignement Général de Dangbo en 2013, le jeune homme décide de marier la pratique du terrain à la rigueur scientifique. Il intègre l’Université Nationale d’Agriculture de Kétou où il décroche une Licence en Horticulture, puis enchaîne avec un Master en Biotechnologie et Production de Semences. Mais chez lui, le savoir ne dort jamais dans les tiroirs d’un bureau. Étudiant, il vend ses premières récoltes de tomates à ses camarades et parcourt des dizaines de kilomètres à pied pour dégoter des contrats de jardinage. L’empire du pragmatismeagricole. Son terrain de jeu dépasse rapidement les frontières béninoises pour toucher la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Burkina Faso. À Dangbo, il installe une usine qui conçoit et fabrique des machines agricoles adaptées aux réalités du sol africain. Une réalisation qui brise ainsi la dépendance aux technologies importées. À Sakété, il façonne une ferme intégrée modèle où se côtoient poivre, pépinières, élevage d’aulacodes et agrotourisme. L’homme voit loin, très loin. Esprit créatif insatiable, il invente le foyer écologique “Danu”, conçoit un extracteur de jus local et lance “AfroImpact Immobilier” pour promouvoir ses « Maisons Vertes », alliages d’architecture et de végétation résiliente. Le vulgarisateur aux deux millions de paires d’yeux Pourtant, la véritable révolution de Valère Houansou s’est aussi jouée sur le terrain du numérique. Là où beaucoup ne voient dans les réseaux sociaux qu’un divertissement futile, l’ingénieur y décèle un formidable canal de démocratisation scientifique. Ses vidéos pédagogiques (tournées au milieu des cultures, caméra au poing) font un carton. Résultat ? Plus de 2,5 millions d’abonnés cumulés et plus d’un milliard de vues. Un chiffre étourdissant qui fait de lui l’un des agronomes les plus influents d’Afrique francophone. « Ne me parlez pas d’influenceur, s’amuse-t-il à rappeler. Je suis un entrepreneur qui utilise le numérique pour transmettre et bâtir. » Trophée YouTube des 100 000 abonnés en main, voyages d’études réalisés dans plus de vingt-cinq pays, le trentenaire garde la tête froide. Les échecs du passé, les levées de fonds ratées et les coup durs ont forgé un mental d’acier. Chaque année, il forme gratuitement des milliers de jeunes et conseille les investisseurs de la diaspora pour les réconcilier avec la terre. Son ambition ultime pour les années à venir est d’étendre ses entreprises jusqu’en Europe. Il ambitionne aussi d’accélérer la transformation agroalimentaire locale et garantir la souveraineté alimentaire du continent. Valère Tadagbé Houansou ne cherche pas la gloire. Il cherche l’efficacité. Il veut que l’histoire retienne des fermes modernes, des machines accessibles et une jeunesse africaine fière de produire ce qu’elle consomme. La terre, elle, a déjà commencé à le récompenser. Navigation de l’article Protection des mineurs : La France interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans