Voilà seize ans que l’ombre de Pierre Urbain Dangnivo plane sur les prétoires béninois, laissant derrière elle un parfum d’inachevé et une profonde soif de vérité. Alors que le dossier de la disparition mystérieuse de ce cadre du ministère des Finances continue de nourrir l’actualité judiciaire, l’opinion publique et la famille de la victime n’aspirent plus qu’à une seule chose : un épilogue clair, transparent et définitif pour clore l’un des feuilletons les plus sombres de l’histoire contemporaine du Bénin.

Le temps passe, mais le souvenir et le mystère restent intacts. Dans les couloirs du tribunal, l’évocation du « Procès Dangnivo » suscite toujours la même gravité. Disparu un soir d’août 2010 dans des circonstances non élucidées, ce haut fonctionnaire et syndicaliste émérite est devenu, malgré lui, le symbole des zones d’ombre judiciaires d’une époque. Aujourd’hui encore, le dossier judiciaire reste un chantier ouvert, suspendu aux attentes d’un verdict final.

Un dossier aux multiples rebondissements

Pour mémoire, l’affaire avait connu un premier tournant spectaculaire lors de la session criminelle de 2015, avant d’être renvoyée suite à de vives contestations scientifiques et juridiques, notamment autour de l’authentification du corps exhumé à Womey. Depuis, entre reports tactiques, instructions complémentaires et exigences de preuves matérielles irréfutables, la machine judiciaire semble avancer à pas feutrés sur un terrain hautement sensible.

Pour les praticiens du droit, ce retard prolongé s’explique par la complexité intrinsèque de l’affaire, mais pour le citoyen lambda, le sentiment d’un procès qui s’éternise commence à peser.

La soif de vérité et de dignité

Au-delà des joutes verbales entre avocats et des procédures techniques, il y a la douleur humaine. Celle d’une famille qui, depuis plus d’une décennie, vit dans l’incapacité de faire un deuil complet et digne. Pour les organisations de défense des droits de l’homme et les syndicats, qui ont fait de cette cause leur cheval de bataille, l’exigence reste la même : que toute la lumière soit faite, sans passion mais avec une rigueur absolue.

L’appareil judiciaire béninois, engagé dans une vaste dynamique de modernisation et de restauration de sa crédibilité, joue gros dans la conclusion de cette affaire. Rendre justice pour Dangnivo, c’est envoyer un signal fort sur l’impunité et l’inviolabilité de la vie humaine.

Vivement le point final

Le vœu partagé par l’ensemble des acteurs de la société civile, des professionnels des médias et du monde judiciaire est désormais de voir ce procès s’accélérer pour connaître son épilogue. Le Bénin a besoin de tourner cette page texturée de doutes. Que les coupables, s’il y en a, répondent de leurs actes, et que la mémoire de Pierre Urbain Dangnivo reçoive enfin la paix et les hommages que lui doit la République. Il est grand temps que la justice dise son dernier mot.