Parties d’un simple élan citoyen de nettoyage de leur village, une trentaine de Béninoises réunies au sein du groupement CERDEL sont aujourd’hui au cœur du dispositif d’alimentation scolaire du Programme alimentaire mondial. Un parcours modèle d’émancipation économique, porté par la solidarité et un travail sans relâche.

Sur le site du Cercle de réflexion pour le développement local (CERDEL), le rythme est soutenu et parfaitement synchronisé. Tandis que les tubercules de manioc sont épluchés puis lavés à grande eau, le moulin tourne à plein régime sous le regard vigilant de Yèvi Yvette. Présidente de l’organisation, cette femme à l’énergie communicative veille à chaque étape de la transformation avec une sérénité impressionnante, y compris lorsque l’orage menace. « Quand on travaille ensemble, on ne ressent pas la fatigue de la même manière. Ce qui paraît lourd pour une seule personne devient plus léger lorsqu’il est porté par tout un groupe », affirme-t-elle avec assurance.

Un engagement communautaire désintéressé

Rien ne prédestinait pourtant ces transformatrices à un tel rôle. L’aventure débute en 2018 par une tontine de quartier. Face à l’insalubrité grandissante de leur localité, ces femmes prennent l’initiative de balayer bénévolement les voies publiques et d’apporter du bois de chauffe ou des légumes aux cantines scolaires environnantes. « Nous ne cherchions pas à être reconnées. Nous voyions ce qui manquait et nous le faisions, tout simplement. Pourtant, c’est précisément ce simple engagement qui a changé notre vie », se souvient Yvette.

Souhaitant rentabiliser cette union, le groupe s’oriente vers la production de gari. Sans matériel adéquat, la pénibilité est extrême et les rentrées financières restent dérisoires. « Nous produisions sans réellement en tirer profit », témoigne une membre. Un constat appuyé par la présidente : « Nous voyions d’autres commerçantes s’en sortir mieux que nous alors que nous travaillions tout autant. Ce qui nous manquait, ce n’était pas la volonté, mais de meilleurs équipements et un débouché fiable ».

L’impulsion déterminante des partenaires

L’engagement indéfectible du groupement attire l’attention du Programme alimentaire mondial (PAM) et de son partenaire de terrain, l’ONG GRASID. À travers le projet PAEEM — financé par Sodexo —, le CERDEL bénéficie de formations en gestion et d’un lot d’équipements modernes comprenant moulin, presseuse et ustensiles de cuisson. L’impact est immédiat. « Avec le moulin, tout a changé. Ce qu’on faisait en une journée, on le fait maintenant en deux heures. Et nos mains nous disent merci », apprécie une opératrice.

Parallèlement, le Projet intégré d’alimentation scolaire et de nutrition (PiASN), appuyé par le Royaume des Pays-Bas via le mécanisme de transferts monétaires, leur garantit un marché d’écoulement direct et pérenne auprès des écoles.

Des indicateurs financiers et sociaux au vert

Les retombées économiques illustrent ce succès :

  • Volume de gari commercialisé (2025-2026) : Environ 6 tonnes, générant près de 1 800 000 francs CFA.

  • Production maraîchère : 3,5 tonnes de haricots récoltées sur des parcelles individuelles et vendues collectivement.

  • Épargne communautaire : Une caisse commune avoisinant désormais 600 000 francs CFA.

Ces ressources méthodiquement gérées permettent de financer la maintenance des machines, d’acheter la matière première et de redistribuer des revenus consacrés aux soins de santé ainsi qu’à la scolarisation des enfants. Le groupe concrétise actuellement la construction d’un magasin de stockage pour accompagner l’expansion de ses livraisons.

Au-delà des chiffres, c’est une véritable fierté sociale qui s’est installée. « Maintenant, quand on livre aux écoles, on sait que nos propres enfants vont manger ce qu’on a produit. C’est une fierté qu’on ne peut pas expliquer avec des chiffres », confie Yèvi Yvette. Reconnues comme des figures entrepreneuriales incontournables de leur commune, ces femmes incarnent la réussite par l’effort structuré. Comme le conclut la présidente : « On ne nous a pas offert la réussite. En revanche, on nous a donné les moyens de la construire. Et cela, personne ne peut nous l’enlever. »