La menstruation est un phénomène biologique naturel qui concerne les femmes et les adolescentes chaque mois. Pourtant, beaucoup de filles la vivent dans le silence, entre douleurs, peur des moqueries, manque de protections et difficultés d’accès à des toilettes adaptées.

Des expressions comme « tu es indisposée » ou « tes choses » traduisent encore le malaise autour des règles. Imelda AGBARA, 17 ans, estime que la question menstruelle dépasse l’intimité et touche à la santé, à l’éducation, à la dignité et à l’égalité.Dans certaines familles, les mots « règles » ou « menstruations » restent tabous. Le sang menstruel se cache, se murmure, parfois avec honte. Pourtant, il rappelle simplement une réalité biologique naturelle.

La santé menstruelle fait encore face à plusieurs obstacles comme tabous sociaux, manque d’information, coût des protections hygiéniques, accès limité à l’eau et à des toilettes adaptées. Pour certaines adolescentes, ces difficultés affectent aussi leur scolarité, leur concentration et leur confiance en elles.
Imelda connaît bien cette réalité. Elle se souvient encore de ses premières règles, survenues un après-midi, en quittant l’école. « C’était un mélange de surprise et de stress », raconte-t-elle.

Si sa mère l’a rapidement rassurée, Imelda estime que les informations reçues avant ses premières menstruations étaient insuffisantes.
Elle entendait déjà ses camarades en parler, mais « l’information n’était pas très claire avant leur arrivée».

Aujourd’hui, la jeune fille dit avoir des règles irrégulières et douloureuses, parfois imprévisibles. Crampes, maux de ventre et maux de tête rythment certains de ses cycles. À cela s’ajoutent les difficultés matérielles.
Les serviettes hygiéniques trop chères ou indisponibles, toilettes scolaires peu propres et peur des taches ou des moqueries. Imelda dit manquer parfois l’école pendant un à trois jours par mois.

Un phénomène naturel qui est devenir un facteur d’exclusion scolaire.
Pour Armande AYEDAMOU, sage-femme d’État à l’hôpital de zone d’Abomey-Calavi, les défis sont nombreux.
« Les principaux sont le manque d’information, les tabous,les idées reçues, le coût des protections hygiéniques et parfois le manque d’accès à l’eau, aux toilettes adaptées et à des espaces propres dans les écoles», explique-t-elle.

Selon elle, la justice menstruelle implique aussi l’accès à l’information, à l’eau, à l’assainissement et à un environnement sûr pour permettre aux filles de gérer leurs menstruations dans de bonnes conditions.
Les tabous peuvent provoquer la honte, la peur de parler des règles, une mauvaise hygiène menstruelle, l’absentéisme scolaire et une perte de confiance en soi.

La menstruation n’est donc pas seulement une question intime, elle est aussi un enjeu de santé publique et de dignité.

Des normes sociales s’emmêlent

Dans le cocon familial, certaines pratiques culturelles continuent d’entretenir un sentiment de gêne. Pendant leurs règles, certaines femmes peuvent se voir interdire de cuisiner, d’entrer dans certaines pièces ou encore de toucher aux plantes.

Une représentation persistante du sang menstruel comme quelque chose de « sale » ou d’« impur ». Une perception qui peut contribuer à enfermer les adolescentes dans le silence.
Pourtant, selon Armande Ayédamou, le changement doit commencer par le dialogue. « Je conseille aux parents de parler des menstruations sans honte ni jugement», insiste-t-elle. L’information doit être transmise avant les premières règles, afin que l’adolescente ne découvre pas seule ce changement physiologique.

Et les garçons dans tout cela ?

La justice menstruelle ne saurait être une affaire exclusivement féminine. Dans les établissements scolaires comme au sein des familles, les garçons sont également concernés.

« Parce que les règles sont un phénomène naturel », répond la sage-femme lorsqu’on l’interroge sur la nécessité de les sensibiliser. Informer les garçons, poursuit-elle, permet de réduire les moqueries et les discriminations, de favoriser le respect des filles et de créer un environnement plus compréhensif.

Imelda partage indirectement ce constat. Elle déplore que les garçons « n’en parlent jamais » et qu’ils ne comprennent donc pas toujours ce que vivent les filles.

L’éducation menstruelle apparaît ainsi comme un levier essentiel pour déconstruire les préjugés. Elle ne doit plus être cantonnée à une conversation entre mères et filles. Les pères, les frères, les enseignants et les garçons ont également un rôle à jouer.

De la parole aux solutions

Pour Imelda, les solutions sont concrètes. Elle plaide d’abord pour une éducation menstruelle dès le CM1 et le CM2, destinée aussi bien aux filles qu’aux garçons. Elle souhaite également que les protections hygiéniques deviennent plus accessibles, voire gratuites, dans les écoles et les centres de santé.
Elle insiste sur la nécessité de disposer, dans les établissements scolaires, de toilettes propres, équipées en eau et de poubelles adaptées. Elle demande aussi une meilleure prise en compte des douleurs menstruelles, notamment à travers des infirmeries scolaires capables d’apporter une première réponse et d’offrir un espace de repos.
À la maison, son souhait est tout aussi simple : parler sans tabou. « Que les pères et les frères soient également informés », demande-t-elle.