En marge d’un entretien au sommet avec Emmanuel Macron, la diplomatie béninoise a traduit ses ambitions politiques en actes concrets. Près de 65,5 milliards de francs CFA ont été mobilisés en une seule matinée à Paris pour soutenir l’énergie, la justice et l’agriculture.

Palais de l’Élysée, lundi 5 octobre. Trois documents scellent la signature de conventions de financement cruciales. Au terme de cette séquence diplomatique intense, le Bénin tenait dans son escarcelle environ 100 millions d’euros, soit 65,5 milliards de francs CFA.

Pour les détails, deux conventions ont été signées avec l’Agence française de développement, pour un montant de 61,9 milliards de francs CFA, soit 94,4 millions d’euros. Une lettre de mandat a été conclue avec Bpifrance, pour 3,54 milliards de francs CFA, soit 5,39 millions d’euros. L’Union européenne figure également parmi les partenaires financiers associés à l’opération. C’est le ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette, Hugues Oscar Lokossou, qui a apposé sa signature sur les documents, au nom de la République du Bénin.

Trois signatures, donc, mais une seule logique. Les deux conventions relèvent de l’aide publique au développement classique. La lettre de mandat conclue avec Bpifrance relève d’un autre registre, celui de l’accompagnement financier à l’exportation et à l’investissement, et ouvre un canal distinct de celui de l’aide traditionnelle.

Ces accords ne sont pas tombés du ciel. Ils interviennent en marge de la première visite officielle du président Romuald Wadagni en France depuis son accession à la magistrature suprême, et font suite à son entretien avec son homologue français, Emmanuel Macron. L’ordre des choses compte ici. D’abord le dialogue politique au plus haut niveau, ensuite la traduction financière. Une séquence qui en dit long sur la méthode : la diplomatie n’est pas une fin en soi, elle est un instrument de mobilisation de ressources.

Sur le terrain, ces fonds ne constituent pas des financements hors sol. Ils s’alignent sur deux axes structurants de la politique gouvernementale : l’instauration des pôles de développement territorial et la lutte contre l’extrême pauvreté. Trois domaines sont concernés. L’énergie, avec le projet Peder+, dont les effets attendus portent sur le développement économique local, le rééquilibrage territorial et l’assainissement financier de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee). La justice, avec le renforcement de l’expertise en analyse génétique. L’agriculture enfin, avec la structuration de filières de proximité dans les zones rurales du Nord et du Centre.

Ce dynamisme institutionnel a également résonné au sein de la diaspora. Devant les grilles, puis plus tard aux abords de la résidence, des membres de la communauté béninoise avaient fait le déplacement. Anne Gandonou, la trentaine, infirmière dans la région parisienne, ne tenait plus en place : « Je suis arrivée deux heures avant. Quand il est passé, j’ai crié. J’ai vu notre président à Paris, de mes yeux. On est fiers, voilà, on est simplement fiers. » Même émotion chez Éric Aïssi, juriste, installé en France depuis une vingtaine d’années : « Je n’ai pas dormi de la nuit. Voir le chef de l’État béninois reçu ici, et repartir avec 65 milliards pour le pays, c’est une journée que je n’oublierai pas. »

Reste désormais la mise en œuvre. Les conventions signées engagent des décaissements, des calendriers et des maîtrises d’ouvrage qui devront être précisés dans les semaines à venir. Mais le signal, lui, est posé : en une matinée parisienne, le Bénin a démontré sa capacité à convertir une relation politique en ressources concrètes.