Post-scriptum / Patrice Talon et la polysémie du 5 avril Les débats se sont enchaînés dans l’arène politique béninois depuis la saisine adressée à la cour constitutionnelle Djogbénou, en octobre 2020 par un citoyen béninois, portant sur la prorogation du mandat du président de la République. Plusieurs membres de l’opposition, acteurs politiques et juristes se sont ainsi, insurgés contre la disposition de “trop”, apportée à la Constitution de 1990 en 2019. Résultat des courses, la Cour s’est déclarée incompétente, après avoir tenu en haleine, plusieurs jours durant les médias. Ceci n’a pas suffit pour arrêter la cacophonie autour du 05 Avril. Deux courants se distinguent, un peu comme durant l’affaire Dreyfus : les pro et les anti prorogation. Les premiers justifient la prorogation du mandat présidentiel au vu de la constitution en vigueur, qui pour des raisons techniques permet 45 jours supplémentaires au président sortant. Les principaux motifs sont techniques et seraient liés à l’alignement des mandats, la vacance du pouvoir présidentiel et l’année des premières élections générales. Quant aux autres, 45 jours de plus sur le mandat du président Talon, est simplement inadmissible sans une consultation au préalable du constituant, donc le peuple, par un référendum. De plus la rétroactivité du mandat présidentiel prête fortement à confusion. Car dans toutes les grandes démocraties une loi sur la prorogation d’un mandat présidentiel ne peut, à priori être rétroactive. Talon, illégitime après le 05 avril Nous sommes donc, à la date fatidique du 05 avril 2021, à quelques heures de la fin du mandat de Monsieur Patrice Talon, selon la constitution de 1990, l’opposition et une frange de la population béninoise. Toutes les grandes démocraties ont traversé à un moment donné une zone de turbulence. La constitution de décembre 1990, n’échappe pas visiblement à cette règle. La crise politique est latente et prend une proportion inquiétante, même si le pouvoir contrôle jusque-là, très bien, la situation. Le Bénin sera soumis à deux schémas. Une tentative de contestation de la légitimité du président sortant d’une part, et d’autre part, une attente jusqu’au 23 mai prochain. Dans les deux sens c’est la constitution béninoise qui s’en retrouvera renforcée, même si je continue de croire que la révision constitutionnelle aurait dû être effectuée par voie référendaire. Le constituant qu’est le peuple, aura le dernier mot. Trop tard Ma crainte est qu’il serait tard pour faire une marche en arrière et un rétropédalage, histoire de maintenir la Constitution de 1990. L’avenir offre toujours la possibilité de revoir certaines dispositions contraignantes pour la majorité frustrée. Si le président Talon a obtenu subrepticement une prorogation du mandat présidentiel, il n’en demeure pas moins qu’il a fragilisé ses positions et s’isole de plus en plus de la communauté internationale, ce qui va sans aucun doute compliquer l’exercice d’un éventuel second mandat. Par Amzath Abdoulaye, Consultant politique Navigation de l’article PRESIDENTIELLE 2021: XWLA ET SETO DU LITTORAL DERRIERE LE DUO KOHOUE-AGOSSA LE BENIN ENTRE DEMOCRATURE ET DICTATURE DES LOIS