06 avril 2016, le Bénin passe avec brio le cap d’une alternance sans la moindre violence. Une tradition ou presque, pour la nation béninoise depuis 1990. Alors s’ouvre une nouvelle ère : ‘’le régime de la rupture’’. Le ton est donné avec une transhumance de la quasi-totalité des députés soutenant le défunt régime qui sont devenus de fervents chantres de la rupture. Le vote des lois devient une formalité, comme une lettre à la poste. Les désirs du gouvernement sont légalisés par l’assemblée nationale le plus souvent sans débats. Les quelques voix discordantes de l’opposition ne font plus écho.

Trois élections et trois théâtres funestes :

Sous le régime de la Rupture, trois élections ont été organisées dans des circonstances laissant toujours place à une série de contestation. Les législatives dites exclusives ont ouvert le bal. Aucune liste de candidat de l’opposition n’est sur le spécimen. La Cena n’a retenu que deux formations politiques de la mouvance, le Bloc Républicain et l’Union Progressiste.

L’élection qui suivra, celle des maires est un peu plus ouverte, cinq partis sont autorisés, l’Union Démocratique pour un Bénin Nouveau (Udbn de Claudine Prudencio), le Parti du Renouveau Démocratique (Prd de maitre Adrien Houngbédji), les Forces Cauris pour un Bénin Emergent dirigé par Paul Hounkpè, l’Union Progressiste et le Bloc Républicain dirigés respectivement par Amoussou Bruno et Abdoulaye Bio Tchané. Là encore, la rigueur de la loi s’est interposée. Des cinq de départ, trois se partagent les 77 communes. Pour cause, le diktat des 10% à obtenir pour lever de siège. Le Prd et l’Udbn sont disqualifiés. Le vote du peuple est ainsi détourné dira plusieurs observateurs, au moyen de la loi.

La dernière élection en date, n’aura pas dérogé à la dictature des lois. Pour défaut de parrainage, seuls 3 duos sont présents sur la ligne de départ. A l’arrivée, un K.O de plus de 80 %. Le président sortant est réélu sans grand suspens. L’opposition écartée par la loi fait désormais l’objet d’une poursuite judiciaire féroce. La nouvelle trouvaille pour justifier les arrestations c’est le terrorisme. Et une juridiction en est le spécialiste : la Cour de Répression des Infractions Economiques et du terrorisme, Criet. La criet est désormais mis à profit pour légalement faire taire toute voix dissidente. Et la voie de l’exil, l’autre rouleau compresseur, reste largement ouverte à ceux qui refusent de se soumettre.