Plus qu’un simple régal gluant pour accompagner notre pâte quotidienne, le crincrin est le moteur d’une véritable économie locale et un pilier de notre patrimoine. Des maraîchers de Houéyiho aux tables de nos foyers, en passant par les conducteurs de zémidjan et les gardiens de la tradition, gros plan sur un super-aliment aux mille vertus qui rassemble tous les acteurs de la capitale économique. M. Saturnin HOUNDÉGNON, maraîcher sur les sites de Houéyiho (Cotonou) :« Le crincrin, c’est une culture bénie. Contrairement à d’autres légumes, sa feuille pousse vite si elle est bien entretenue et bien arrosée. Le défi pour nous, les producteurs, c’est de livrer un produit totalement frais, sans résidus de produits chimiques. Quand la saison des pluies est bonne, nos rendements augmentent et nous alimentons les grands marchés de Cotonou tous les matins dès l’aube. C’est une fierté de savoir que notre travail nourrit sainement la population. » Mme Rafiatou ALAO, grossiste au marché Dantokpa :« Mon rôle, c’est d’acheter les grands chargements de crincrin qui viennent directement des champs de la périphérie pour approvisionner Cotonou. C’est un commerce très rapide, car la feuille de corète ne supporte pas la chaleur : elle doit être vendue le jour même de sa cueillette pour garder toute sa fraîcheur et son élasticité. Les restauratrices et les détaillantes des marchés de quartier comptent sur nous. Quand le crincrin est beau et bien vert, le marché s’anime vite ! » Christiane SOSSOU, vendeuse de légumes au marché de Fifadji :« Dans le quartier ici, tout le monde me connaît pour mon crincrin toujours frais. Les mamans viennent acheter leurs petites attaches en rentrant du travail. Mon secret pour garder les feuilles bien fermes, c’est de les trier avec soin, de les asperger d’un peu d’eau fraîche et de les couvrir à l’abri du soleil. Je donne toujours des conseils à mes clientes : je leur dis de ne pas trop cuire les feuilles à la maison pour garder tout le fer qui est dedans. C’est un légume qui ne chôme jamais dans ma bassine. » Mme Sènan KPADONOU, ménagère résidant à Akpakpa : « Chez moi, la sauce crincrin, c’est au moins deux fois par semaine ! Mes enfants adorent ça avec la pâte blanche ou le telibo. En tant que maman, c’est une sauce économique, mais surtout très riche. Quand l’un de mes enfants est fatigué ou un peu anémié, je sais qu’un bon plat d’Adémè bien chaud avec du poisson fumé va le remettre sur pied. C’est léger, ça facilite la digestion et c’est un vrai régal. On ne s’en lasse jamais. » M. Cosme AGOSSOU, conducteur de Zémidjan rencontré à la station de carrefour Étoile:« Pour nous les « Zém », qui passons toute la journée sur la moto sous le soleil et dans la poussière de Cotonou, la sauce crincrin est indispensable. C’est un plat léger qui donne de la force sans alourdir l’estomac. Quand je m’arrête à midi dans un bana-bana (gargote) pour manger ma pâte avec un Adémè bien gluant et du piment, je sens tout de suite que ça nettoie ma gorge et ma poitrine. C’est notre carburant naturel à moindre coût pour tenir jusqu’au soir. » Dah Gnakadja, dignitaire résidant à Fifadji:« Nos ancêtres n’ont pas choisi le crincrin par hasard. Dans notre tradition, cette feuille sacrée est synonyme de fluidité et de déblocage. C’est pourquoi on dit souvent que là où le crincrin passe, tout glisse et s’arrange. Au-delà de la cuisine, c’est une plante médicinale que nous utilisons depuis des générations pour purifier le corps, faciliter les accouchements et fortifier l’esprit. Consommer l’Adémè, c’est honorer une alliance de santé que la nature a donnée au peuple noir. » Consommer la sauce crincrin, c’est perpétuer un héritage ancestral, soutenir l’économie locale et offrir à son corps une cure de jouvence 100 % naturelle. Alors, la prochaine fois que vous dégusterez votre pâte accompagnée de ce trésor vert, sachez que vous faites du bien à votre âme autant qu’à votre santé. Navigation de l’article Cotonou salue les nouvelles mesures du Conseil des ministres : Entre soulagement et attentes du concret Saveurs nocturnes à Cadjèhoun : Le secret du Crincrin au feu de bois de Maman Félicité