L’ancien président de la République a officiellement quitté la tête du principal parti d’opposition vendredi dernier, invoquant des raisons de santé. Si cette annonce marque un tournant pour la formation à la flamme, elle suscite des réactions contrastées au sein du sérail politique. Entre scepticisme sur les motifs réels et regrets sur le timing, l’heure est au bilan d’une présidence marquée par une dualité frontale avec le pouvoir en place.

Le départ de Boni Yayi de la présidence des Démocrates n’est pas qu’un simple changement de garde ; c’est un séisme dont les répliques commencent déjà à se faire entendre. En adressant sa lettre de retrait à ses instances de base, l’ex-chef d’État laisse derrière lui un parti à la croisée des chemins, fragilisé par des années de bras de fer avec la mouvance présidentielle.

Le regret de Basile Ahossi
Pour certains cadres du parti, ce retrait, bien qu’acté, laisse un goût d’inachevé. Reçu sur le plateau de Canal 3, Basile Ahossi, ancien deuxième vice-président de l’Assemblée nationale, n’a pas fait dans la dentelle. Selon lui, le maintien prolongé de Boni Yayi à la tête du parti a cristallisé une opposition de personnes plutôt que d’idées, nuisant gravement à la stratégie électorale de la formation.

« Cette démission serait venue un peu tôt, car je le souhaitais et je lui ai dit ça, puisque les rivalités Boni Yayi -Patrice Talon paralysaient les activités du parti », a-t-il martelé. Pour ce ténor de l’opposition, cette dualité est la source principale des déboires rencontrés lors des dernières échéances législatives et communales.

Des motifs sous le feu des critiques
Si la version officielle met en avant l’état de santé du désormais ex-président du parti, la pilule a du mal à passer chez les observateurs les plus avertis. Basile Ahossi a d’ailleurs exprimé ses doutes quant à cet argument, estimant que « les jours à venir édifieront les uns et les autres ».

L’héritage de cette présidence restera marqué par une ligne de conduite radicale. Arrivé aux commandes après avoir succédé à Eric Houndeté lors d’un congrès historique, Boni Yayi avait engagé le parti dans une confrontation directe avec le régime de Patrice Talon. Une stratégie qui, si elle a mobilisé la base, a aussi conduit à des impasses juridiques et politiques majeures.

L’ombre de 2026
Le constat est amer pour les partisans de la première heure. Le refus systématique de se plier aux nouvelles dispositions du code électoral a déjà coûté au parti sa participation à la présidentielle de 2021. Aujourd’hui, le scénario semble se répéter : faute de parrainages suffisants, l’horizon 2026 s’assombrit pour Les Démocrates.

En quittant le navire en ce moment précis, Boni Yayi laisse à son successeur la lourde tâche de reconstruire une identité politique qui ne soit plus seulement définie par la contestation d’un homme, mais par une capacité réelle à peser sur l’échiquier institutionnel.