Rien ne va plus entre le palais de la République et la Primature à Dakar. Alors que le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, structure sa propre base politique, les cadres du Pastef multiplient les déclarations de loyauté envers Ousmane Sonko. Entre accusations de trahison et crainte d’un « hold-up » politique, le parti au pouvoir se barricade contre ce qu’il perçoit comme une force alternative menaçante pour l’unité du « Projet ».

Le paysage politique sénégalais est en pleine ébullition. Depuis l’assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », tenue le samedi 7 mars 2026, la rupture semble consommée au sein du camp présidentiel. Sur les réseaux sociaux, les figures de proue du Pastef, à l’instar de la porte-parole du gouvernement Marie Rose Faye ou du ministre de la Fonction publique Olivier Boucal, ont affiché un soutien sans faille à Ousmane Sonko, qualifié de « gardien de la révolution ».

Le spectre de la trahison

Pour les lieutenants du Premier ministre, la création d’une structure politique parallèle par le président de la République est vécue comme un reniement des origines. Le député Guy Marius Sagna ne cache pas son amertume face à cette prise de distance du chef de l’État vis-à-vis de l’appareil qui l’a porté au pouvoir.

« Comment tout d’un coup, Bassirou Diomaye Faye qui a été élu pour le projet d’un parti politique, peut prendre ses distances avec ceux-là qui ont élaboré ce projet-là ? Ça n’a pas de sens », s’indigne le parlementaire. Pour lui, le président « est en train de trahir le projet de Pastef » et opère un détournement de la mobilisation populaire.

Une division qui inquiète l’opposition

Pendant que la majorité se déchire, l’opposition s’alarme de l’inertie gouvernementale face aux urgences nationales. Entre une dette publique jugée vertigineuse et les contrecoups économiques mondiaux liés à la guerre en Iran, le député non inscrit Thierno Alassane Sall déplore ce spectacle de désunion au sommet.

« Au lieu de mobiliser l’ensemble des énergies pour susciter un sursaut national et faire face aux problèmes, Sonko et Diomaye ajoutent de la division », fustige-t-il, estimant que les deux têtes de l’exécutif « constituent aujourd’hui des problèmes au lieu d’être des solutions ».

Alors qu’Ousmane Sonko observe pour l’instant un silence médiatique sur les derniers développements du 7 mars, il avait déjà prévenu ses militants le 1er mars dernier de ne pas accorder d’importance à cette nouvelle coalition, qu’il juge incapable de rivaliser avec la force de frappe du Pastef. Le bras de fer pour le contrôle de l’opinion et des prochaines échéances électorales ne fait que commencer.