L’adoption de la réforme constitutionnelle par l’Assemblée nationale du Bénin suscite une vive confrontation politique. Face à l’opposition qui dénonce la création d’un Sénat « sur-mesure » pour la majorité et crie à la « tricherie » suite au vote, la mouvance présidentielle maintient que le texte a été adopté légalement à la majorité des quatre cinquièmes, fruit de négociations menées en coulisses. L’adoption de la révision constitutionnelle à l’aube du samedi 15 novembre, qui prévoit notamment la création d’un Sénat et l’allongement des mandats présidentiel et législatif de cinq à sept ans, est immédiatement devenue un sujet de discorde politique. Le Sénat au cœur des critiques Dans les rangs de l’opposition, particulièrement au sein du parti Les Démocrates, la création d’une seconde chambre parlementaire soulève des critiques acerbes. Le député d’opposition Kolawolé Djiman Ogbon s’indigne notamment du statut des futurs membres de cette institution : « membres ne [seront] pas élus et vont [donc] siéger sans aucun mandat du peuple ». Il ajoute que cette institution est « une création sur-mesure pour le président Patrice Talon afin que celui-ci puisse garder le contrôle sur le futur président élu. » Le député souligne que, traditionnellement, les sénateurs sont élus, alors qu’ici, un ancien président ou un ancien membre de la Cour constitutionnelle devient d’office membre du Sénat. En réponse, le député de la majorité présidentielle Abdoulaye Gounou dément catégoriquement qu’il s’agisse d’« une création pour [Patrice] Talon » et assure que « ces commentaires n’ont rien à voir avec les objectifs de la révision [constitutionnelle] ». Les partisans du texte insistent quant à eux sur le fait qu’il est nécessaire de considérer ce Sénat comme un conseil des sages. L’opposition crie à la « tricherie » La majorité qualifiée des quatre cinquièmes requise pour l’adoption du texte (90 voix pour, 19 contre) est elle aussi contestée par l’opposition. Refusant de croire à des défections dans leurs rangs, le député Habibou Woroucoubou est catégorique : il y a eu « tricherie. Le vote doit être purement et simplement annulé ». Cette accusation fait écho aux allégations de plusieurs membres de l’opposition évoquant une coupure de courant suspecte qui aurait eu lieu pendant le dépouillement du scrutin. Face à ces accusations, la majorité présidentielle fournit une explication tout autre. Le député Abdoulaye Gounou affirme que le résultat est le fruit de longs pourparlers : « Nous avons passé toute une nuit et toute une journée à négocier avec certains d’entre eux à l’esprit plus ouvert. Le vote étant secret, ce sont eux qui ont accepté de nous accompagner ». Le président de la commission des lois, Orden Alladatin, rejette les accusations avec ironie : « Que ne vont-ils pas inventer pour couvrir leur plaie ! ». Ce débat houleux, qui oppose l’opposition qui « digère mal ses échecs » à la majorité qui « répond sans répit », illustre cependant la vivacité de la démocratie béninoise. La Rédaction Navigation de l’article Révision de la Constitution : Le parti Les Démocrates dénonce la « tricherie » et exige l’annulation du vote La HAAC publie la nouvelle liste des journaux et écrits périodiques ayant une existence légale