Suite à l’appel de l’opposant Issa Tchiroma Bakary, qui conteste les résultats de la dernière présidentielle, Douala, la capitale économique du Cameroun, fonctionne au ralenti depuis le 3 novembre 2025. Cette mobilisation a entraîné la fermeture des marchés, écoles et entreprises. Les conséquences, qualifiées de plus graves que la crise du Covid par les milieux patronaux, se font sentir sur la logistique nationale et le pouvoir d’achat des ménages L’impact du mouvement initié par l’opposition est d’une gravité inédite pour Douala, principal pôle économique du Cameroun. Un responsable d’une grande organisation patronale locale a confié à TV5MONDE, sous couvert d’anonymat : « C’est une crise plus importante que celle du Covid. Car, durant le Covid, nous n’avons pas eu de dégâts matériels. Or, là, il y a non seulement d’importants dégâts matériels, mais aussi des pertes en vies humaines. » Partout dans la ville, les rues désertes contrastent avec les embouteillages monstres habituels. De nombreuses entreprises, des marchés, des écoles et des centres commerciaux sont restés portes closes depuis le début de l’appel aux villes mortes. Des manifestations ont d’ailleurs éclaté depuis la proclamation des résultats le 27 octobre, entraînant d’importants dégâts matériels : des grandes surfaces, des bâtiments publics et des enseignes de distribution de produits pétroliers ont été saccagés. Le groupe Tradex, propriété de l’État, a déploré la destruction de certaines de ses stations-service, rappelant dans un communiqué : « Tradex est la propriété de chaque citoyen camerounais. Protégeons notre entreprise contre les pillages et tout acte de vandalisme. » L’arrêt de la logistique et la flambée des prix Malgré les appels du maire de Douala, Roger Mbassa Ndinè, et du gouverneur de la région du littoral, Dieudonné Samuel Ivaha Diboua, à reprendre les activités pour préserver la stabilité de la ville, la reprise est freinée par des problèmes d’approvisionnement et de sécurité. Les fermetures sont souvent préventives, répondant à la nécessité de préserver l’outil de travail. L’absence d’activité a des répercussions sociales immédiates. Le consultant en ressources humaines Lucien Bayemi Sango explique l’effet domino créé par la fermeture du marché de gros : « Malheureusement, on veut que le petit commerçant, voire le vendeur ambulant qui vit au jour le jour, reprenne son activité. Or, les vendeurs ambulants par exemple sont nombreux à acheter leurs produits à Chinatown, pour aller ensuite les revendre. Chinatown étant fermé, ils ne veulent pas sortir, car ils ne peuvent rien faire sans leur fournisseur quasi-exclusif. » L’impact est également ressenti sur les approvisionnements vitaux. Le blocage des pénétrantes est et ouest qui relient Douala à Yaoundé et Bafoussam a provoqué une rupture des livraisons en vivres frais, avec pour conséquence immédiate « le renchérissement du panier de la ménagère. » Le prix du kilo de viande de bœuf, qui provient du nord, a flambé. Paralysie du port de Douala Le port de Douala, hub logistique majeur représentant environ 80 % des échanges commerciaux du Cameroun, a vu son activité fortement ralentie. Cette perturbation est directement liée au secteur du transport routier, majoritairement assuré par des ressortissants des régions du nord et de l’ouest. L’interlocuteur de l’organisation patronale locale a précisé que : « Lorsqu’on parle du port de Douala, on pense d’abord à la logistique, et en particulier aux camions de transport. Et si ce secteur est très perturbé comme c’est le cas en ce moment, les conséquences sont forcément catastrophiques pour le port. » Dans un communiqué daté du 3 novembre, le président du Gecam (Groupement des entreprises du Cameroun), Célestin Tawamba, a dressé un bilan alarmant : « c’est l’ensemble de l’activité économique qui a été profondément perturbée ». Il ajoute que de nombreuses structures sont plongées « dans une situation d’immobilisme préjudiciable, compromettant ainsi la continuité de service, la stabilité des emplois et la confiance des investisseurs. » Le Gecam a d’ailleurs entrepris l’évaluation exhaustive des pertes enregistrées par ses membres. La Rédaction Navigation de l’article Processus de paix en RDC : Impasse des pourparlers entre Kinshasa et l’AFC/M23 malgré la médiation qatarie Soudan : 40 civils tués au Kordofan, la guerre s’intensifie et la situation humanitaire devient critique