Comment mieux construire la résilience des communautés face aux chocs climatiques et sécuritaires ? C’est pour répondre à cette préoccupation que le Programme alimentaire mondial (PAM), il y a quelques mois, une séance de recyclage à Sépounga, dans la commune de Tanguiéta. Ce village a servi de site d’apprentissage aux acteurs engagés dans la mise en œuvre des activités de résilience dans le nord du Bénin. Équipes du PAM, agents de l’ONG SIA N’SON, représentants des mairies et membres des cellules communales de l’Agence Territoriale de Développement Agricole (ATDA), communautés se sont ainsi réunis autour d’un objectif commun : renforcer la maîtrise des techniques de création d’actifs durables afin d’améliorer la qualité des interventions menées au profit des communautés vulnérables de Banikoara et de Matéri, dans une zone confrontée à une pression croissante sur les ressources naturelles, à l’instabilité sécuritaire et à une vulnérabilité climatique accrue.

 

Les participants ont revisité les principales techniques adaptées aux réalités agroécologiques locales. Les échanges ont porté sur l’aménagement des concessions et des cases afin de renforcer la résilience des ménages vulnérables, mais aussi sur la maîtrise de la confection d’outils essentiels tels que la corde à niveau qui permettra de déterminer les courbes de niveau et les pentes.  Une attention particulière a été accordée à la réalisation d’ouvrages de conservation des eaux et des sols, notamment les diguettes de terre, les cordons pierreux, les diguettes de pierres et les tranchées profondes. La réhabilitation des espaces pastoraux et la délimitation des couloirs de passage ont également été abordées, dans une approche visant à réduire les tensions entre usagers des ressources naturelles.

La formation est basée sur les réalités du terrain. Sur un site spécialement identifié, les participants ont procédé à l’observation du terrain, à l’analyse de ses caractéristiques et au calcul de la pente. Estimée à 0,45 %, celle-ci a orienté le choix vers la réalisation de diguettes de terre en courbe de niveau, considérées comme l’ouvrage le plus adapté pour limiter l’érosion et améliorer la rétention des eaux.

Un autre moment fort de la formation a été consacré au jardin syntropique, une approche agricole innovante inspirée du fonctionnement naturel des écosystèmes forestiers. À travers des explications théoriques et une démonstration sur une parcelle de 16 mètres sur 18, les participants ont été initiés aux principes clés de cette méthode : l’orientation nord-sud des lignes de semis, l’association d’arbres et de cultures de différentes strates, la couverture permanente du sol et la production continue de biomasse destinée au paillage.

Cette approche offre des perspectives prometteuses en matière de restauration de la fertilité des sols, de diversification alimentaire et de renforcement de la résilience des systèmes agricoles face aux chocs climatiques récurrents.

Au-delà des aspects techniques, la formation a également mis l’accent sur l’importance du suivi et de la redevabilité à travers la collecte et la gestion des données relatives aux activités de résilience. Les agents ont été formés sur les bonnes techniques de renseignement des indicateurs du projet et à l’utilisation de la plateforme MODA, un outil essentiel pour assurer la traçabilité des interventions, l’archivage des données et le contrôle de la qualité des actions menées sur le terrain.

« Cette session de recyclage s’inscrit dans un ensemble plus large d’actions conduites par le PAM, en partenariat avec l’ONG SIA N’SON, dans plusieurs villages des départements de l’Atacora et de l’Alibori, notamment à Tanguiéta, Matéri et Banikoara. L’objectif est de créer des actifs communautaires durables au bénéfice des réfugiés, des personnes déplacées internes et des communautés d’accueil, avec une attention particulière portée aux femmes et aux jeunes. » a affirmé Eric Tchokanaka, assistant au programme en charge de la résilience à l’antenne du PAM à Kandi

Dans un contexte où la dégradation de la situation sécuritaire et la pression climatique fragilisent sévèrement les moyens de subsistance, ces interventions constituent une réponse concrète et structurante. À travers l’approche 3PA et avec le soutien du DFAT australien et de l’Union européenne à travers le projet UNITE, le PAM mise sur un double levier : renforcer les capacités locales et investir dans des actifs durables pour soutenir la résilience des communautés du nord du Bénin.