Pour célébrer la Journée internationale des femmes ce dimanche 8 mars 2026, la cité lacustre a troqué les discours en salle pour un impressionnant carnaval nautique. Entre parades colorées et affirmations identitaires, les femmes de la Basse Vallée de l’Ouémé ont démontré leur rôle de piliers de l’économie de l’eau devant un parterre de personnalités politiques. Le plan d’eau de Sô-Ava s’est métamorphosé en un tableau vivant dès les premières lueurs de l’aube. En lieu et place des rassemblements conventionnels, les autorités locales et les groupements féminins ont choisi une immersion totale, transformant les chenaux en de véritables artères festives. Ce choix fort souligne la volonté de la commune de célébrer la résilience de celles qui bravent quotidiennement les flots. Une convergence inédite des cités lacustres L’éclat de cette édition 2026 a été rehaussé par une mobilisation sans précédent. Des délégations venues de Ganvié, Veki et So-Tchanwé ont convergé vers le centre de Sô-Ava dans une procession spectaculaire de barques motorisées et de pirogues à perches. Parées de leurs plus beaux atours, ces ambassadrices de la lagune ont brisé l’isolement géographique de leurs hameaux respectifs pour créer une synergie unique. Ce « carnaval fluvial inoubliable » a offert aux visiteurs un spectacle de solidarité et de fierté, où les chants traditionnels ont résonné d’un embarcadère à l’autre, forçant l’admiration des curieux massés le long des rives. Le manifeste des « Amazones fluviales » Au-delà de la dimension folklorique, la journée a servi de tribune politique et sociale. En se baptisant elles-mêmes les « Amazones fluviales », les commerçantes de poisson et conductrices d’embarcations ont revendiqué un héritage de courage et de ténacité. Elles ont profité de cette vitrine pour mettre en avant « l’engagement des Amazones fluviales » dans le développement local, rappelant que l’économie de la région repose sur leurs épaules. Un soutien institutionnel marqué La portée de l’événement a été validée par la présence de hautes autorités de l’État. La ministre des Affaires sociales, Véronique Tognifodé, ainsi que le préfet du Littoral, Alain Orounla, ont fait le déplacement pour saluer cette initiative. À leurs côtés, le Chef d’Arrondissement Paul Keta, affectueusement surnommé « Je n’aime pas ça », a également assisté aux démonstrations culturelles. Le rassemblement s’est achevé par une série de messages de sensibilisation sur l’autonomisation économique, marquant une étape majeure dans la reconnaissance de la femme lacustre au Bénin. Chants, perches et pagaies : L’immersion sonore du carnaval de Sô-Ava Le carnaval fluvial du 8 mars 2026 n’était pas seulement un plaisir pour les yeux ; il a été une véritable symphonie à ciel ouvert. De Ganvié à So-Tchanwé, les eaux de la commune ont porté les échos d’une culture lacustre vibrante, portée par des voix féminines qui ont su transformer la lagune en une scène magistrale. L’air était encore frais ce dimanche matin, mais l’atmosphère sur l’embarcadère de Sô-Ava était déjà électrique. Avant même l’apparition des premières barques à l’horizon, c’est le son qui a annoncé l’arrivée des délégations. Un mélange de percussions sur bois — le rythme des pagaies frappant la coque des pirogues — et de chants polyphoniques s’est élevé au-dessus des roseaux, signalant le début des festivités. Le ballet rythmé de Ganvié et So-Tchanwé Les femmes de Ganvié, la « Venise de l’Afrique », ont ouvert la marche avec une discipline impressionnante. Debout sur leurs embarcations, elles ont exécuté des danses d’équilibre dont elles seules ont le secret. Leurs chants, entonnés en chœur, racontaient les défis de la pêche et la force du foyer, entrecoupés par les sifflets stridents des meneuses de groupe. À leur suite, les représentantes de So-Tchanwé et de Veki ont apporté une touche plus festive, transformant leurs grandes barques de transport en véritables orchestres flottants. Les « Amazones fluviales », vêtues de leurs plus beaux pagnes de cérémonie, ont rivalisé d’ardeur, faisant tanguer leurs embarcations au rythme des Gbon et des instruments traditionnels installés à bord. Une ferveur communicative Le moment le plus intense a sans doute été la convergence de toutes les délégations au milieu du plan d’eau. Dans un brouhaha joyeux, les chants se sont mêlés, créant une onde de choc sonore qui a fait vibrer les habitations sur pilotis. Les passants, eux-mêmes en pirogues, ne se sont pas contentés d’observer ; ils ont repris en chœur les refrains célébrant la femme béninoise, transformant la traversée en un moment de communion nationale. Ce 8 mars 2026 à Sô-Ava n’était pas qu’une date sur un calendrier, c’était le cri de ralliement d’un peuple fier de ses racines. Entre la grâce des gestes et la puissance des voix, les femmes lacustres ont prouvé que si l’eau est leur chemin, la culture est leur boussole. « L’eau est notre vie, ce carnaval est notre voix » : Paroles d’Amazones Au milieu du clapotis des vagues et des chants de fête, nous avons tendu notre micro aux actrices majeures de cette journée. Entre fierté culturelle et revendications sociales, les femmes de Ganvié, Veki et So-Tchanwé se confient sur le sens de leur engagement. Rébecca, vendeuse de poisson à Ganvié : « Une fierté héritée » « Pour nous, le 8 mars ne se fête pas dans les bureaux. Regardez autour de vous : notre bureau, c’est cette barque. En venant de Ganvié ce matin, nous voulions montrer que la femme lacustre est la gardienne de l’économie. Quand nous chantons sur l’eau, c’est pour dire que malgré la dureté de la pêche et de la vente, nous restons debout. Ce carnaval est une preuve que nos traditions peuvent porter le message de l’émancipation. » Sessi, transformatrice de produits halieutiques à Veki : « Sortir de l’ombre » « Souvent, on oublie les villages comme Veki parce que nous sommes loin dans les marais. Aujourd’hui, en rejoignant Sô-Ava avec nos sœurs, nous montrons que nous sommes unies. « L’engagement des Amazones fluviales », ce n’est pas qu’un slogan. C’est notre réalité quotidienne : nous gérons les foyers, nous finançons les études des enfants grâce au commerce lagunaire. Nous demandons juste que nos routes fluviales soient aussi respectées que les routes de terre. » Marguerite, jeune leader de So-Tchanwé : « Transmettre le flambeau » « Je suis fière de voir mes mères et mes tantes si dynamiques. En tant que jeune femme de So-Tchanwé, participer à ce carnaval fluvial inoubliable me donne la force de continuer à me battre pour notre communauté. Nous ne voulons plus être vues uniquement comme des femmes qui rament, mais comme des actrices du développement numérique et touristique de Sô-Ava. L’avenir de la commune passera par notre capacité à moderniser nos traditions sans les perdre. » L’œil du reporter À travers ces témoignages, une constante demeure : la conscience aiguë d’une identité propre. Ces femmes ne se contentent plus de subir les caprices de la nature ; elles s’en servent comme d’un socle pour bâtir une influence politique et sociale de plus en plus incontournable dans le département de l’Atlantique. Navigation de l’article Affaire « Coup d’État déjoué » : La CRIET maintient l’ex-député Soumaïla Sounon Boké en détention La 29e vague de missiles iraniens s’abat sur Tel-Aviv : le Moyen-Orient au bord de l’abîme