Au lendemain d’une finale de Coupe d’Afrique des Nations (CAN) vécue sous une tension extrême, le Sénégal et le Maroc déploient une intense activité diplomatique. L’objectif est clair : contenir les crispations nées sur la pelouse et préserver un axe bilatéral historique que l’émotion sportive a brièvement fait vaciller.
Le football possède ce pouvoir singulier d’exacerber les passions nationales jusqu’au point de rupture. La finale de la CAN 2025, disputée le dimanche 18 janvier 2026 à Rabat, en a été l’illustration flagrante. Entre le Sénégal et le Maroc, l’enjeu a dépassé le cadre du gazon lorsque, dans le temps additionnel, le sélectionneur sénégalais Pape Thiaw a ordonné à ses joueurs de quitter le terrain pour protester contre un penalty accordé aux Lions de l’Atlas. Cette interruption de quinze minutes, doublée d’échauffourées en tribunes, a laissé craindre une crise durable, malgré la victoire finale des Lions de la Teranga en prolongation.
Un dialogue de haut niveau pour désamorcer la crise
Face à la montée des tensions sur les réseaux sociaux et aux prises de positions passionnées, les autorités des deux pays ont rapidement repris l’initiative. Mercredi 21 janvier, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a révélé s’être « longuement entretenu » avec son homologue marocain, Aziz Akhannouch. Cet échange téléphonique, conduit sous les directives directes de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et du Président Bassirou Diomaye Faye, visait à ramener la sérénité.
Dans un communiqué publié sur sa page officielle, Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité de placer cette séquence sous le signe de la « détente ». Le gouvernement sénégalais assure suivre de très près, via ses services consulaires, la situation des supporters interpellés à Rabat ainsi que la sécurité de la communauté sénégalaise établie au Royaume chérifien. L’urgence est de garantir la protection des ressortissants et d’étouffer toute dérive xénophobe ou hostile.
Contre la désinformation, le rappel des priorités stratégiques
Le Premier ministre sénégalais a également fustigé les flux de communication numériques, qualifiant une grande partie des contenus viraux de « désinformation ». En appelant les citoyens des deux nations à « dépassionner cet épisode », il rappelle une vérité diplomatique essentielle : les relations séculaires entre Dakar et Rabat ne sauraient être les otages d’un sifflet d’arbitre.
« Nos défis communs sont autrement plus importants », a martelé Ousmane Sonko. Pour preuve de cette résilience diplomatique, la tenue de la 15e session de la Grande Commission mixte, prévue du 26 au 28 janvier à Rabat, est maintenue. Ce rendez-vous majeur, qui ne s’était plus tenu depuis 2013, avait été programmé dès décembre 2025. Sa tenue, quelques jours seulement après les incidents du stade, sonne comme un symbole fort de normalisation.
En réaffirmant son « attachement historique » à une amitié fondée sur la paix et le respect mutuel, Dakar choisit la voie de la sagesse d’État. Si le Sénégal repart du Maroc avec le trophée continental, les deux gouvernements s’efforcent désormais de remporter une victoire plus cruciale encore : celle de la stabilité géopolitique et de la fraternité africaine.