Loin des clichés occidentaux de la sorcellerie, la spiritualité ancestrale béninoise recèle un potentiel de développement insoupçonné. Lors d’un récent débat télévisé, le chercheur Sylvain Kuassi a plaidé pour une réappropriation du Fa et du vaudou, qu’il définit comme des sciences de la certitude capables de libérer le génie créateur de l’individu et de propulser la croissance nationale. L’Homme au cœur de la production La quête d’un modèle économique endogène est au centre des préoccupations en Afrique. Pour Sylvain Kuassi, la réponse se trouve dans l’essence même de nos traditions. Selon lui, « le vaudou met l’homme au cœur du développement. C’est ça qui change. Pour le vaudou, c’est l’homme qui est important. Et toutes les forces de la nature doivent œuvrer pour l’homme, pour le bonheur de l’homme. Donc, l’homme devient le producteur. » Face à un système mondial qu’il juge aliénant, l’invité dresse un constat sans concession : « Aujourd’hui, on peut remarquer que 99 % de la population mondiale, il y a à peine 1 % qui sont des producteurs. Tout le reste sont des descendants. Ils ne possèdent rien… ils sont des esclaves parce qu’ils n’ont pas la liberté. » Le Fa, une science supérieure à l’Intelligence Artificielle À l’ère de la transition numérique et de la montée en puissance de l’intelligence artificielle, la géopolitique et le marché de l’emploi se redessinent. Sylvain Kuassi y voit une opportunité historique pour le vaudou de s’imposer comme un nouvel ordre mondial basé sur la justice. Pour y parvenir, il préconise l’enseignement de l’« art royal », incarné par le Fa. « Le Fa est la science par excellence, qui est la science des amoureux. Donc, si on peut teach… enseigner l’art royal aux humains, aux citoyens, eh, donc, ces citoyens deviennent des gens dignes, responsables, devant la nation », affirme-t-il, avant d’ajouter que cette reconversion est essentielle dans un monde en mutation : « Aujourd’hui, les médecins aujourd’hui, d’ici dans 2-3 ans, ils n’auront plus de boulot. Parce que l’IA les remplace. […] Or que, à partir du vaudou, c’est la pensée créatrice. On devient des génies. On devient des savants. On peut supplanter l’IA elle-même. » Pour une taxe vaudou et des temples initiatiques Pour opérationnaliser cette vision, l’Afrique doit rompre avec le mimétisme intellectuel. « L’Afrique répète l’enseignement qu’on lui a… on lui a donné. Cet enseignement obnubile, qui ne crée pas. Or que le vaudou crée », martèle le chercheur. Il invite ainsi l’État béninois à dépasser le simple volet culturel et touristique actuel pour subventionner de véritables centres de formation traditionnels. Bien que la laïcité de la République puisse freiner ce processus, Sylvain Kuassi propose une solution concrète : « Un bon président de la République peut dire aujourd’hui : « Moi, en tant que pays de vaudou, en tant qu’un citoyen de vaudou, je peux financer la taxe de de vaudou ». La taxe vaudou peut être importante […] comme la taxe touristique aujourd’hui. […] Elle permettra de construire nos temples, les temples de vaudou, et puis que voilà, ce n’est pas des écoles comme les autres. » Assainir la maison vaudou Toutefois, cette transition vers une économie de la connaissance ancestrale ne pourra se faire sans une profonde moralisation du secteur, aujourd’hui pollué par le mercantilisme. Sylvain Kuassi dénonce vigoureusement la prolifération de faux dignitaires : « Aujourd’hui, les gens achètent des vaudous à 400 000 francs, 500 000 francs et tous sont devenus des des vaudounons. Des vaudounons. […] Il faut balayer la maison du vaudou aujourd’hui. […] Si on prend les Hounons aujourd’hui, à peine 1 % sont des de vrais de vrais Hounons. » En guise de conclusion, l’expert exhorte les peuples africains et le monde à opérer un changement radical de paradigme pour retrouver leur souveraineté spirituelle et matérielle : « C’est pour ça d’ailleurs quand j’ai écrit mon livre de de la science de la félicité… » Navigation de l’article « Le Vaudou est une technologie mentale de souveraineté » : L’appel de Sylvain Kuassi à l’éveil économique de l’Afrique Reconnaissance du mérite de Romuald Wadagni: Komi Koutché, la leçon de maturité politique