Pour rompre avec le modèle linéaire « produire-consommer-jeter », le gouvernement béninois lance une stratégie ambitieuse sur dix ans. En ciblant cinq secteurs clés, de l’agriculture à la construction, le pays ambitionne de transformer ses déchets en richesses et de devenir le leader de la circularité en Afrique francophone.

Le Bénin change de paradigme économique. Face à l’accumulation des déchets plastiques, à la déforestation et à la dépendance accrue aux importations, Porto-Novo a choisi l’audace. Dans le sillage du Programme d’action du gouvernement (PAG II), le pays vient de se doter d’un Plan d’action national pour l’économie circulaire (2025-2035). L’objectif est clair : dissocier la croissance économique de la destruction des ressources naturelles.

Transformer les déchets en ressources

Le modèle actuel, qualifié de « vieux et inefficace », est désormais dans le viseur des autorités. Pour José Didier Tonato, ministre du Cadre de vie et des Transports chargé du Développement durable, ce plan est une réponse directe aux engagements internationaux du Bénin. « C’est une occasion pour notre pays de reconsidérer désormais les déchets comme des ressources et non des problèmes », explique l’autorité ministérielle.

Ce virage stratégique repose sur une volonté d’« optimiser la valorisation des ressources locales tout en préservant l’environnement ». Il s’agit d’aligner la politique industrielle nationale sur les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, notamment l’ODD 12 sur la consommation responsable et l’ODD 13 sur le climat.

Cinq piliers pour une révolution verte

Pour réussir ce virage à 180°, le plan identifie cinq secteurs prioritaires où l’impact sera immédiat :

  1. Agriculture et Foresterie : Mise sur l’agroécologie pour régénérer les sols d’un secteur qui pèse 23 % du PIB.

  2. Déchets solides ménagers : Valorisation des 1 317 tonnes de déchets produites chaque jour.

  3. Plastiques : Renforcement du recyclage pour freiner la pollution.

  4. Transport et Mobilité : Renouvellement d’un parc automobile vieillissant et gestion des véhicules hors d’usage.

  5. Construction : Promotion de matériaux locaux et recyclés pour réduire l’empreinte carbone du bâtiment.

Une trajectoire vers l’indépendance économique

La feuille de route est structurée en trois phases. Elle débute par l’alignement des politiques publiques (2025-2027) avant de passer à la réalisation de grands projets d’infrastructures. Au total, 134 actions concrètes ont été programmées.

La gouvernance de ce projet de société sera d’abord assurée par une équipe technique, avant de céder la place à une Agence nationale de l’économie circulaire. Plus qu’une simple réforme écologique, ce plan vise à « renforcer l’indépendance économique du Bénin » et à créer des emplois durables. À l’horizon 2035, le Bénin ne veut plus seulement gérer ses déchets, il veut en faire le levier d’une prospérité décarbonée et inclusive, se positionnant ainsi comme une source d’inspiration pour tout le continent.