Acteur de la société civile et homme de terrain, Dr Eugène Djidjoho Aguemon analyse les premiers pas du nouveau régime, les attentes des populations et les défis des sept prochaines années. Entre gouvernance, emploi des jeunes, environnement et développement local, il plaide pour une mobilisation collective afin de faire du Bénin un pays davantage tourné vers le progrès et la prospérité. Quelle ambiance avez-vous ressentie à Porto-Novo le jour de l’investiture ? L’ambiance était exceptionnelle. Dès la nuit précédant l’investiture, plusieurs établissements de la ville étaient en effervescence. Les populations attendaient cet événement avec beaucoup d’impatience, mais aussi avec une certaine curiosité. Malgré la confiance que nombre de citoyens accordaient au président Patrice Talon quant à son engagement à transmettre le pouvoir dans la paix et dans le respect des principes démocratiques, beaucoup souhaitaient voir les faits se concrétiser. Le jour de l’investiture, les cérémonies ont été suivies en direct dans plusieurs lieux publics. Cette forte mobilisation populaire témoignait de l’importance historique du moment. À Porto-Novo comme dans plusieurs autres villes du pays, les citoyens ont véritablement ressenti qu’une nouvelle page de l’histoire nationale était en train de s’écrire. Une phrase du discours d’investiture vous a-t-elle particulièrement marqué pour les sept prochaines années ? Plus qu’une phrase, c’est l’ensemble de la vision présentée qui retient mon attention. Le président Wadaï est un homme dont nous connaissons déjà les capacités. Son parcours au sein du gouvernement durant la dernière décennie nous a permis d’apprécier sa contribution à plusieurs réformes majeures. Les perspectives qu’il dessine pour le Bénin sont porteuses d’espoir. Je suis convaincu que notre pays poursuivra sa transformation économique et sociale. Toutefois, le développement ne peut reposer uniquement sur l’action gouvernementale. Il nécessite l’implication de tous : institutions publiques, secteur privé, organisations de la société civile, groupements de femmes, jeunes et citoyens ordinaires. Chacun doit apporter sa contribution afin d’améliorer durablement l’image et les performances du Bénin. Le président a-t-il adressé un message à la société civile et aux acteurs de l’environnement ? Oui. Même si tous les secteurs n’ont pas été évoqués dans les moindres détails, la vision exposée englobe l’ensemble des composantes de la nation. Nous n’avons donc aucun regret particulier. Les questions environnementales et le rôle de la société civile trouvent naturellement leur place dans cette dynamique de développement. Nous avons surtout retenu un message d’espoir et une volonté affirmée de poursuivre la modernisation du pays tout en consolidant la démocratie béninoise. Depuis l’investiture, sentez-vous une nouvelle écoute du pouvoir sur les questions sociales et environnementales ? Il est encore trop tôt pour établir un bilan. Toutefois, durant la campagne électorale et les différentes rencontres avec les populations, le président a démontré sa volonté d’aller au contact des citoyens, notamment dans les localités les plus reculées du pays. Cette proximité lui permet de mieux comprendre les réalités sociales et économiques auxquelles les populations sont confrontées. Je pense donc que l’écoute est déjà présente. Mais il faut également rappeler que le développement social ne consiste pas uniquement à distribuer des aides financières. Il s’agit surtout de créer les conditions permettant aux citoyens de produire, d’entreprendre et de vivre dignement de leur travail. La société civile entend accompagner cette démarche, notamment dans les domaines de l’éducation citoyenne, de l’éducation financière et de la protection de l’environnement. Quel ministre attendez-vous particulièrement sur le terrain ? Je ne souhaite pas établir de hiérarchie entre les membres du gouvernement. Chaque ministre a une mission spécifique et complémentaire. Je salue néanmoins certaines réorganisations institutionnelles qui permettront une meilleure efficacité de l’action publique. La spécialisation de certains départements ministériels devrait favoriser une meilleure prise en charge des dossiers et une plus grande proximité avec les préoccupations des populations. L’essentiel est que chaque ministre puisse pleinement jouer sa partition afin que les résultats soient visibles sur le terrain. Quelles mesures prioritaires attendez-vous du gouvernement durant les cent premiers jours ? Il faut être réaliste. Cent jours représentent une période relativement courte pour un gouvernement nouvellement installé. Avant toute chose, il est nécessaire de mettre en place les mécanismes administratifs, d’adopter les textes nécessaires et de procéder aux nominations indispensables au bon fonctionnement de l’État. Je pense qu’il serait prématuré d’attendre des résultats spectaculaires dans un délai aussi réduit. Les six premiers mois permettront davantage aux ministres de s’approprier les dossiers, d’évaluer les actions en cours et de définir les améliorations à apporter. L’urgence consiste surtout à assurer la continuité administrative afin d’éviter tout ralentissement de l’action publique. Entre la vie chère, l’emploi des jeunes et la sécurité, quelle priorité doit être traitée en premier ? Ces trois problématiques sont importantes et interdépendantes. La sécurité demeure essentielle car aucun développement durable n’est possible dans un climat d’insécurité. Concernant l’emploi des jeunes, il est nécessaire de promouvoir davantage l’esprit entrepreneurial. Beaucoup de jeunes recherchent exclusivement un emploi salarié alors qu’ils pourraient également créer leurs propres opportunités économiques. L’État doit renforcer les mécanismes d’accompagnement à l’entrepreneuriat et encourager la création d’entreprises durables. Les jeunes doivent être sensibilisés au travail collectif et à la mutualisation des ressources afin de développer des projets à fort impact économique. Le nouveau septennat doit-il poursuivre les réformes engagées ou changer de méthode ? Toutes les réformes ne doivent pas être abandonnées, pas plus que tout ne doit être maintenu à l’identique. Certaines actions ont produit des résultats satisfaisants et méritent d’être poursuivies. D’autres nécessitent des ajustements ou des améliorations. L’essentiel est d’éviter de repartir systématiquement de zéro. La continuité de l’État impose de capitaliser sur les acquis tout en corrigeant les insuffisances identifiées. L’emploi vert peut-il devenir une priorité nationale ? Absolument. L’emploi vert représente aujourd’hui une nécessité pour le développement durable. Cependant, il est indispensable de former les jeunes aux métiers liés à la transition écologique. Les organisations de la société civile, les ONG et les pouvoirs publics doivent travailler en synergie. L’État fixe les orientations stratégiques tandis que les acteurs de terrain contribuent à la sensibilisation, à la formation et à la mise en œuvre des actions. Il n’y a pas d’opposition entre l’État et les ONG ; il existe plutôt une complémentarité indispensable au succès des politiques publiques. Les ONG doivent-elles être des contre-pouvoirs ou des partenaires ? La société civile n’est pas un contre-pouvoir. Son rôle est d’éclairer, de sensibiliser et d’accompagner les populations. Elle intervient souvent là où l’administration ne peut être présente en permanence. Les ONG constituent donc avant tout des partenaires de développement. Elles participent à la mise en œuvre des projets, à l’éducation citoyenne et à l’amélioration des conditions de vie des populations. Quel principal danger identifiez-vous pour les sept prochaines années ? La dégradation de l’environnement demeure une préoccupation majeure. La pollution de l’eau, notamment, doit retenir toute notre attention. Les entreprises et les acteurs économiques doivent intégrer davantage les exigences environnementales dans leurs activités. Le développement économique ne peut se faire au détriment de la santé des populations. Par ailleurs, chacun doit être associé au processus de développement afin que personne ne soit laissé de côté. Quel conseil donneriez-vous au président pour réussir son mandat ? Le premier conseil est de préserver l’écoute. Un dirigeant qui écoute son peuple dispose de meilleures chances d’identifier les problèmes réels et de construire des solutions adaptées. Mais l’écoute doit également s’accompagner d’une responsabilisation citoyenne. Chaque Béninois doit comprendre qu’il a un rôle à jouer dans la réussite du pays. Le développement ne dépend pas uniquement de l’État. Il repose aussi sur l’engagement quotidien des citoyens, dans leurs quartiers, leurs entreprises, leurs exploitations agricoles ou leurs associations. Quel indicateur vous permettra de dire dans sept ans que le Bénin a réussi ? Plusieurs indicateurs seront déterminants : l’amélioration de l’accès à l’eau potable, le renforcement du reboisement, la protection de l’environnement et la réduction de la pauvreté. Mais au-delà des statistiques, la véritable réussite sera visible lorsque les citoyens adopteront davantage une culture du travail, de la responsabilité et de la préservation des biens communs. Le Bénin dispose d’un potentiel considérable. Si chacun prend pleinement conscience de ses responsabilités et met ses compétences au service de la nation, alors les progrès seront visibles dans tous les secteurs. Mot de fin Je remercie votre média pour cette opportunité d’échange. Les acteurs de terrain ont un rôle important à jouer dans l’analyse des réalités vécues par les populations. Nous restons disponibles pour partager nos observations et contribuer, à notre niveau, à la construction d’un Bénin toujours plus prospère, solidaire et respectueux de son environnement. Interview réalisée par Partners News. Navigation de l’article Excellence à l’IFAM : Mariette Sodédji majore de sa promotion avec une brillante performance Mandature 2026-2030 : La Commission Électorale dévoile sa feuille de route pour un scrutin historique