Électrices, candidates, observatrices et actrices de la gouvernance locale, les femmes occupent une place croissante dans la vie démocratique béninoise. Pourtant, leur représentation dans les instances de décision reste souvent au cœur des débats. Le Bénin a-t-il réellement réussi à renforcer l’inclusion politique des femmes ? Entre réformes électorales, progrès mesurables et défis persistants, cette enquête de fact-checking passe les faits au crible. Par Freddy Adjahossi À chaque échéance électorale, les appels à une meilleure représentativité des femmes se multiplient. Les organisations de la société civile, les institutions nationales et les partenaires internationaux rappellent régulièrement une réalité non négligeable. Pour eux, la participation politique des femmes constitue un indicateur essentiel de la qualité démocratique d’un pays. Mais au-delà des discours, quelle est la réalité au Bénin ? En effet, les femmes jouent un rôle important dans les élections au Bénin. Elles sont présentes à toutes les étapes du processus électoral. En tant qu’électrices, les femmes représentent une part significative du corps électoral. Elles participent également aux campagnes de sensibilisation citoyenne, aux activités des partis politiques, à la gestion des bureaux de vote et aux initiatives communautaires de promotion de la paix. Lors des différents scrutins organisés au Bénin, les organisations de la société civile ont régulièrement mobilisé des femmes observatrices. Ces dernières sont souvent chargées de suivre le déroulement des opérations électorales et de signaler d’éventuelles irrégularités. Les faits démontrent donc que les femmes ne sont pas de simples spectatrices de la démocratie béninoise. Il faut préciser qu’elles en sont des actrices à part entière. Faibles représentations des femmes au Parlement Pendant plusieurs décennies, la représentation féminine à l’Assemblée nationale est restée inférieure à 10 %. Une avancée majeure est toutefois intervenue avec les réformes électorales adoptées en 2019. Le Code électoral béninois prévoit désormais 24 sièges réservés exclusivement aux femmes sur les 109 sièges que compte l’Assemblée nationale, soit un siège par circonscription électorale. Grâce à cette réforme, les élections législatives de 2023 ont permis l’élection de 28 femmes députées sur 109 parlementaires, soit 25,69 % de l’effectif total. Il s’agit du taux le plus élevé enregistré depuis l’avènement du renouveau démocratique en 1990. Malgré cette progression historique, les femmes demeurent encore loin de la parité. Leur représentation reste inférieure à celle des hommes dans les principales institutions de décision. Le constat est donc clair. En effet, des progrès ont été réalisés, mais l’égalité de représentation n’est pas encore atteinte. Néanmoins, les données disponibles confirment l’impact positif des réformes électorales sur la participation politique des femmes. L’introduction des sièges réservés a permis une augmentation significative du nombre de femmes élues au Parlement. Les articles 144 et 145 du Code électoral imposent aux partis politiques de présenter des candidatures féminines dans le cadre de ces sièges réservés. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud), cette réforme a contribué à une hausse historique de la représentation féminine au sein de la 9ᵉ législature. Cette évolution traduit une volonté institutionnelle de corriger les déséquilibres historiques observés dans la participation politique des femmes. La surveillance citoyenne des élections constitue un pilier de la transparence démocratique. Au Bénin, les femmes participent activement aux missions d’observation électorale, aux plateformes de veille citoyenne et aux initiatives de prévention des violences électorales. Leur présence favorise une meilleure inclusion des communautés locales. De même, cela contribue à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions électorales. Cette implication est particulièrement visible lors des campagnes de sensibilisation à la paix, à la participation citoyenne et à la prévention des conflits liés aux élections. Les défis qui subsistent Malgré les avancées observées, plusieurs obstacles continuent de limiter l’accès des femmes aux responsabilités politiques. L’on peut noter les stéréotypes socioculturels liés au leadership féminin, les difficultés de financement des campagnes électorales, la faible présence des femmes aux postes stratégiques des partis politiques, les inégalités économiques, les contraintes familiales et sociales ainsi que les violences et intimidations parfois observées dans l’espace politique. Ces facteurs expliquent en partie pourquoi la progression de la représentation féminine demeure plus lente que souhaitée. Après vérification des faits, plusieurs constats s’imposent. Il est important de savoir que les femmes participent activement aux élections au Bénin. Aussi, elles jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation, l’observation électorale et la consolidation de la paix. De même, les réformes électorales ont permis une amélioration historique de leur représentation parlementaire. Toutefois, leur présence dans les sphères de décision reste encore insuffisante pour parler d’une représentation pleinement équilibrée. L’analyse des données disponibles révèle que les femmes sont aujourd’hui des actrices incontournables de la démocratie béninoise. Leur engagement se manifeste aussi bien dans les urnes que dans les structures de contrôle citoyen et les institutions politiques. Si les réformes engagées ces dernières années ont permis des avancées significatives, la construction d’une démocratie véritablement inclusive nécessite encore des efforts soutenus en faveur du leadership féminin, de l’égalité des chances et de l’accès des femmes aux responsabilités publiques. Car une démocratie forte ne se mesure pas uniquement au nombre d’élections organisées, mais aussi à la capacité de chaque citoyenne et de chaque citoyen à participer pleinement aux décisions qui façonnent l’avenir de la Nation. Navigation de l’article GRAINES DE LUMIÈRE 2026 : Un kit, un pas vers l’avenir « Le Vaudou est une technologie mentale de souveraineté » : L’appel de Sylvain Kuassi à l’éveil économique de l’Afrique