Si le cumul des fonctions de Joseph Djogbénou, à la fois Président de l’Assemblée nationale et de l’UPR, respecte la lettre de la loi, il place l’éthique au centre du jeu parlementaire. Au-delà des craintes de procédures, c’est la gestion équitable des élus de tous bords qui devient le véritable baromètre de cette législature.

Une neutralité sous observation
Dans les travées du Palais des Gouverneurs, l’impartialité n’est pas qu’une règle, c’est une perception. La Constitution est muette sur l’interdiction de diriger un parti tout en siégeant au perchoir. Cependant, « Joseph Djogbénou est désormais Président de l’Assemblée nationale et toujours Président de l’UPR, et légalement le Président des deux groupes parlementaires UPR et BR ».

Cette omniprésence institutionnelle place l’homme face à un défi de posture. L’actualité récente, où il a reçu le bureau dirigeant de l’UPR, illustre cette ligne de crête étroite entre ses obligations de chef de parti et ses devoirs de premier magistrat du Parlement.

L’équité au quotidien : le vrai défi
Plutôt que d’y voir un conflit d’intérêts structurel, de nombreux observateurs estiment que le nœud du problème se situe dans la pratique. « Cette position n’aura-t-elle pas de conflit d’intérêt ? » La réponse réside moins dans les textes que dans la gestion équitable des députés des deux camps.

L’enjeu pour le Président Djogbénou est de garantir que chaque groupe, qu’il soit allié (BR) ou membre de sa propre famille politique (UPR), bénéficie du même temps de parole, des mêmes ressources et de la même écoute. Pour les membres du Bloc Républicain, la question est simple : « pourront-ils en toute confiance exercer leur rôle » sans que l’ombre de la maison d’en face ne plane sur leurs travaux ?

La leçon de 1991 : une question de pluralisme
Le précédent de 1991, où « Me Adrien Houngbédji a cumulé les postes de Président du parti PRD et de l’Assemblée nationale », offre un éclairage utile. À l’époque, la diversité était telle — avec des groupes comme la RB, le PSD ou le RDS — que l’équilibre se faisait par le nombre.

L’éthique comme boussole
En définitive, le débat dépasse la simple légalité pour toucher à la morale politique. Pour que la démocratie parlementaire respire, l’arbitre doit prouver qu’il sait ôter son maillot de joueur une fois le sifflet en bouche. Le succès de cette législature dépendra de cette capacité à transformer une position de force en un exercice d’équité exemplaire, rassurant ainsi l’ensemble de la classe politique sur l’impartialité du sanctuaire qu’est l’Assemblée nationale.