Il n’aura été le dauphin de Patrice Talon, que le temps des campagnes électorales et celui des élections présidentielles. En effet, l’atmosphère politique béninoise subit un rafraîchissement notable depuis l’accession de Romuald Wadagni à la magistrature suprême. Alors que beaucoup prédisaient une continuité rectiligne de la gouvernance de son prédécesseur, le nouveau chef de l’État imprime déjà sa propre marque. Ses toutes premières décisions et orientations diplomatiques dessinent les contours d’une présidence qui, loin de rester dans l’ombre du régime Talon, s’attache à en déconstruire subtilement les rigidités. Ce changement de cap se manifeste d’abord au cœur même de la machine gouvernementale, à travers une réorganisation des rythmes du pouvoir qui rompt avec le formalisme quasi rituel des années précédentes.

Un nouveau rythme pour l’exécutif national

Sous l’ère Patrice Talon, le Conseil des ministres du mercredi revêtait une sacralité presque dominicale, dictant le tempo d’une administration ultra-centralisée. Romuald Wadagni a choisi de briser ce métronome politique en modifiant la fréquence de ce grand rendez-vous gouvernemental. En espaçant ces rencontres au sommet, le nouveau président affiche sa volonté d’alléger la lourdeur bureaucratique et d’accorder une plus grande autonomie de gestion à ses ministres sur le terrain. Ce choix technique traduit surtout une philosophie de gouvernance plus pragmatique, privilégiant l’action concrète et le suivi des dossiers à la grand-messe hebdomadaire des décrets. Ce desserrement de l’étau présidentiel insuffle un élan inédit aux ministères, contrastant avec la centralisation rigoureuse qui caractérisait la rupture. Cependant, c’est sur la scène internationale que le détachement vis-à-vis de l’héritage précédent se fait le plus retentissant.

Le dégel diplomatique avec le Sahel

Le véritable coup d’éclat de ce début de mandat réside dans le choix hautement stratégique des premières destinations de Romuald Wadagni à l’étranger. En réservant ses premières visites officielles à Niamey et à Ouagadougou, le chef de l’État opère un virage à 180 degrés par rapport à la diplomatie de Patrice Talon. Le Niger et le Burkina Faso, perçus sous le mandat précédent comme des États hostiles en raison des crises frontalières et des tensions liées au transit pétrolier, reçoivent aujourd’hui les avances fraternelles de Cotonou. Ce réchauffement spectaculaire des liens diplomatiques marque la fin d’une période de glaciation économique et sécuritaire. En tendant la main à ces voisins sahéliens, Wadagni ne se contente pas de relancer le commerce transfrontalier et l’activité du port de Cotonou ; il repositionne le Bénin comme un acteur de conciliation régionale, tournant définitivement la page des antagonismes passés pour embrasser une politique de bon voisinage réaliste.