Le Parti du Renouveau Démocratique remet en cause la fusion avec l’Union Progressiste-Le Renouveau. Joseph Djogbénou, président de la coalition, fait face à une crise interne majeure.

 

La scène politique béninoise traverse une nouvelle zone de turbulences. L’Union Progressiste-Le Renouveau (UP-Le Renouveau), l’un des piliers de la majorité présidentielle, est fragilisée par les remises en question de l’un de ses alliés de poids, le Parti du Renouveau Démocratique (PRD).

 

« Les militants du PRD ne se sentent plus à l’aise au sein de l’UP-Le Renouveau », déclare Gratien Ahouanmenou, secrétaire général adjoint du PRD. Cette déclaration marque un tournant dans les relations entre les deux partis, réunis officiellement depuis la signature d’un acte de fusion en août 2022. Ahouanmenou a révélé qu’un courrier a été adressé au ministère de l’Intérieur afin de clarifier la situation juridique du PRD, contestant l’idée selon laquelle le parti aurait cessé d’exister.

 

Selon les textes internes du PRD, la fusion avec l’UP n’a jamais signifié dissolution. Le PRD conserve son existence légale, son autonomie, son patrimoine, et peut même constituer un courant distinct au sein d’une formation politique. Me Adrien Houngbédji, président du parti, soutient cette position avec vigueur. Dans une lettre argumentée, il rappelle que le ministère de l’Intérieur a délivré un récépissé définitif au PRD cinq jours après l’acte de fusion, preuve, selon lui, de la continuité légale du parti.

 

L’ancien président de l’Assemblée nationale rejette fermement toute interprétation contraire : « La fusion avec l’UP n’a pas fonctionné ». Il s’appuie sur les statuts du parti, qui exigent une décision en congrès extraordinaire pour acter une dissolution, une procédure qui n’a jamais été engagée. De plus, aucun document officiel n’atteste d’une disparition du PRD, ni du côté du ministère, ni de celui de l’UP.

 

Ces précisions renforcent l’idée d’une sortie prochaine. Ahouanmenou affirme que les militants sont consultés pour envisager une rupture formelle avec l’UP, devenue selon lui une alliance « inefficace ». Cette prise de distance s’est aussi exprimée sur le plan politique : Adrien Houngbédji a publiquement soutenu des revendications de l’opposition, telles que la libération des détenus politiques et la révision du Code électoral.

 

Cette crise pourrait avoir des répercussions importantes. Si le PRD quitte la coalition, l’UP-Le Renouveau perdrait une composante essentielle. En retour, le PRD, renforcé par sa réaffirmation identitaire, pourrait s’ériger en force autonome, voire se rapprocher de mouvements d’opposition. Le pari comporte toutefois des risques, notamment en cas de bras de fer administratif ou de sanctions politiques.

 

Au cœur de cette tourmente, Joseph Djogbénou est confronté à un dilemme. Président de l’UP-Le Renouveau et figure de la stabilité institutionnelle, il devra arbitrer entre préservation de l’unité et reconnaissance des divergences. Certains saluent sa prudence, d’autres déplorent un manque de fermeté. Dans tous les cas, son action dans les prochains jours sera déterminante.

 

Trois scénarios semblent se dessiner : un maintien sous tension au sein de l’alliance, une séparation négociée ou une rupture brutale accompagnée d’un repositionnement du PRD dans l’opposition. Quoi qu’il advienne, la recomposition politique est en marche, et le sort de la majorité présidentielle pourrait bien en être bouleversé.