Dans l’arène politique béninoise, les mots sont des armes qui, mal utilisées, peuvent se retourner contre ceux qui les manient avec imprudence. Lors d’un récent meeting tenu dans le cadre des élections générales de janvier 2026, Ezéckiel Vidégnon, cadre de l’Union Progressiste le Renouveau, a franchi la ligne rouge en tenant des propos aux relents claniques et discriminatoires. En affirmant publiquement que « celui qui est le chef du Baobab à Sô-Ava est notre frère le député Jean Méjor » tout en précisant que « celui qui est chef du parti politique du cheval est un natif de Ganvié », il a délibérément choisi d’opposer les fils d’une même commune sur une base purement géographique.

Cette rhétorique de division s’appuie sur une stigmatisation identitaire dangereuse qui fragilise la cohésion sociale à Sô-Ava. En lançant à la foule : « Allons-nous laisser notre village pour aller travailler pour un natif de Ganvié ? Pourquoi devrions-nous d’ailleurs faire de la sorte ? », Ezéckiel Vidégnon tente d’instaurer un repli communautaire malsain. Ce discours suggère qu’un citoyen ne pourrait être représenté que par quelqu’un issu de son propre village, niant ainsi le principe même d’une élection républicaine. En concluant par un appel direct à ses proches en disant « je demande à nos familles qui sont ici, aux nôtres qui sont de rester derrière Jean car son heure a sonné », il transforme une compétition politique en une bataille de clans.

Face à cette dérive, le silence de l’état-major du parti au Baobab devient assourdissant. L’Union Progressiste le Renouveau, qui se veut une formation d’envergure nationale, ne peut tolérer que ses cadres attisent les haines locales pour des gains électoraux immédiats. Il devient impératif pour la direction du parti de discipliner sa troupe et de condamner fermement ces propos qui divisent les populations. Une absence de sanction serait interprétée comme une validation tacite de cette stratégie d’exclusion, ce qui ternirait durablement l’image du parti bien au-delà des frontières de la commune.

Enfin, cette communication agressive risque de mettre à dos toute la population de Ganvié, insultée par cette remise en cause de la légitimité de l’un de ses fils. En agissant de la sorte, Ezéckiel Vidégnon s’aliène un réservoir électoral majeur et offre sur un plateau d’argent des arguments de campagne au Bloc Républicain. Cette stratégie de l’autodestruction montre que pour le camp du député Jean Méjor, le danger ne vient désormais plus seulement de l’opposition, mais bien de l’excès et de la radicalité de ses propres partisans qui dressent des barrières là où la politique devrait construire des ponts entre les citoyens.