Depuis le jeudi 19 février 2026, l’accès aux principales plateformes numériques est drastiquement restreint sur l’ensemble du territoire gabonais. Si les autorités invoquent la lutte contre la désinformation, cette paralysie numérique frappe de plein fouet les médias en ligne, les jeunes entrepreneurs et le secteur du e-commerce, mettant en péril une économie numérique qui pèse aujourd’hui 5 % du PIB national. L’ambiance est morose à Libreville. Dans la capitale comme à l’intérieur du pays, les utilisateurs de Facebook, TikTok et WhatsApp font face à des connexions erratiques ou inexistantes. Ce black-out numérique, loin d’être un simple désagrément social, se transforme rapidement en une crise financière pour des milliers de Gabonais dont le revenu dépend exclusivement de la connectivité. Une presse en ligne « sous oxygène » Pour les médias numériques, la coupure est vitale. Sans les réseaux sociaux pour drainer le trafic vers leurs sites, l’audience s’effondre, et avec elle, les revenus publicitaires. Lionnel Mbeng, rédacteur en chef du média Gabon Média Time, ne cache pas son inquiétude face à cette situation inédite : « C’est comme si on avait un patient qui dépendait de l’oxygène. Et l’oxygène en question, c’est les réseaux sociaux. Une journée sans Internet, c’est couper brutalement le souffle des médias en ligne. » Le désarroi des « entrepreneurs du clic » Au-delà de l’information, c’est tout un écosystème de PME et de commerces de proximité qui se retrouve à l’arrêt. Pour Joséphine Bouanga, qui utilise ces plateformes pour vendre du poisson et des vêtements, l’enjeu est avant tout alimentaire : « Je vis des réseaux sociaux par rapport à ma vente en ligne. Quand on va couper les réseaux sociaux, je nourris ma famille comment? Mais c’est quoi cette histoire là ? » Même constat pour Jacques Ndoudi, dont la petite entreprise d’infographie utilise WhatsApp comme principal canal de prospection et de relation client. Pour lui, la restriction est un frein direct à l’émancipation économique de la jeunesse : « Quand on restreint les réseaux, ça ralentit le business. Aujourd’hui, si on nous interdit l’accès à WhatsApp, ce sera vraiment compliqué pour les jeunes entrepreneurs que nous sommes. » Un arbitrage complexe entre sécurité et économie La Haute Autorité de la Communication (HAC) justifie cette mesure par la nécessité de freiner la propagation de fake news, le cyberharcèlement et la protection des données personnelles. Toutefois, le coût financier est massif : l’économie numérique représente plus de 250 milliards de Francs CFA par an au Gabon. Conscient de la grogne qui monte, le ministre de la Communication, Germain Biahodjow, a tenté de rassurer les opérateurs : « Préoccupés par l’impact économique que cette décision peut entraîner sur les flux des échanges commerciaux en ligne, le gouvernement s’emploie à y remédier dans les meilleurs délais. » Une dérive démocratique ? Pourtant, pour les défenseurs des droits civiques, l’argument sécuritaire ne justifie pas une telle mesure. Anges-Kévin Nzigou, président du Front Démocratique Socialiste, dénonce une décision disproportionnée dans un contexte social déjà fragilisé par des délestages électriques : « Je considère que la décision de la HAC constitue une mesure grave. Elle est disproportionnée et profondément préoccupante pour l’état de notre démocratie. […] Ce n’est pas en réduisant les espaces d’expression que l’on appelle une nation. » Alors que l’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA) exprime ses profonds regrets, le pays reste suspendu à la décision du gouvernement de rétablir, ou non, les flux numériques indispensables à la croissance du pays. Navigation de l’article Exposition « Cérémoniels » : Nathanaël Vodouhè peint l’âme sacrée du dialogue homme-animal Football féminin à Lokossa : Mathurin de Chacus et le ministère des Sports sur le terrain pour évaluer le chantier d’excellence