Lors d’un séminaire organisé par la Cour suprême du Bénin, l’éminent juriste et ancien président de la Cour constitutionnelle, Me Robert Dossou, a livré une analyse sans concession sur l’état de la justice béninoise. Au cœur des débats : la prolifération des juridictions d’exception, dont la CRIET, qui interroge les fondements mêmes de notre démocratie. Le diagnostic est posé, et il est sévère. Pour Me Robert Dossou, figure historique de la conférence nationale de 1990, la démocratie et l’état de droit ne sont pas des acquis définitifs, mais une « quête permanente ». Devant un parterre de magistrats et d’universitaires, le vétéran du barreau a tiré la sonnette d’alarme sur les dérives qui guettent le système judiciaire béninois. Le retour des « tribunaux d’exception » Le point le plus saillant de l’intervention de Me Dossou concerne la création et le fonctionnement de juridictions spécialisées telles que la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET). Se déclarant « contre les tribunaux d’exception par principe », le juriste a exprimé son amertume. Selon lui, lors de la rédaction de la Constitution de 1990, l’idée que de telles structures puissent réapparaître paraissait impensable au point qu’elles n’ont pas été explicitement interdites dans le texte fondamental. Aujourd’hui, il appelle à une réflexion profonde : « Pourquoi ne faisons-nous pas un séminaire sur les justices d’exception ? Pourquoi ne pas faire le point sur la CRIET ? » s’est-il interrogé, déplorant un manque de débat public et scientifique sur ces institutions. L’indépendance du juge face au pouvoir politique Pour Me Dossou, l’état de droit se définit par une situation où les gouvernants comme les citoyens se conforment à la loi, mais à une condition essentielle : que la loi elle-même respecte les droits de l’homme. Or, il note une pression croissante du politique sur le judiciaire. Il a notamment évoqué des cas inquiétants où des magistrats du siège ont été sanctionnés ou traduits devant le Conseil supérieur de la magistrature pour avoir simplement appliqué la loi sans suivre les réquisitions du procureur. « J’ai senti qu’on reprochait au juge de siège de n’avoir pas suivi ce que le procureur lui a demandé… et ce juge a été sanctionné », a-t-il témoigné. Pour lui, l’indépendance de la justice repose sur deux piliers : l’institution elle-même et la conscience individuelle de chaque juge. La liberté d’expression comme rempart L’ancien président de la Cour constitutionnelle a également lié la qualité de la justice à la liberté de parole. Dans un plaidoyer vibrant, il a affirmé que « pour toute la nation béninoise, il faut la liberté qu’on s’exprime sur tout et que plus personne n’ait à souffrir pour avoir parlé dans ce pays ». Conclusion : Un appel à la vigilance L’article souligne que, selon Me Dossou, le Bénin traverse une période où les valeurs démocratiques semblent se « diluer ». Entre la tentation patrimoniale du pouvoir et la fragilité des institutions, la justice d’exception apparaît comme un outil à double tranchant. Si elle est présentée comme un instrument de lutte contre la corruption, elle risque, selon le juriste, de devenir une menace pour l’état de droit si elle échappe aux principes universels de l’équité. Le message est clair : sans une justice réellement indépendante et un débat contradictoire libre, la démocratie béninoise risque l’asphyxie. Me Robert Dossou invite ainsi les acteurs du droit à multiplier les séminaires et les réflexions pour que la justice redevienne un « mot de paix » et non un instrument de peur. Par la Rédaction Navigation de l’article CAN 2025/Panthères : Le gouvernement dissout le staff et écarte Aubameyang CAN 2025 : Les Guépards du Bénin face au mur égyptien, l’exploit est-il possible ?