Cinq ans après le premier séisme lié au logiciel espion de NSO Group, une enquête choc publiée le 16 juillet 2026 par le consortium Forbidden Stories relance l’affaire. Entre l’espionnage avéré de ministres français et la révélation d’un projet d’achat de ce même outil par la France, le dossier prend une dimension politique et diplomatique majeure.

L’ombre du logiciel d’espionnage israélien Pegasus plane de nouveau sur l’axe Paris-Rabat. Alors que le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, achevait une visite officielle au Maroc pour y rencontrer son homologue Aziz Akhannouch, les révélations du consortium Forbidden Stories sont venues bousculer l’agenda diplomatique. Cette enquête met en lumière l’ampleur d’une surveillance d’État systématique qui aurait touché le sommet de l’exécutif français.

Un espionnage massif au sommet de l’État français

Selon les informations dévoilées par Laurent Richard, journaliste et fondateur de Forbidden Stories, la pénétration de la sphère politique française est profonde. L’analyse des données montre une infiltration coordonnée et continue :

  • Sébastien Lecornu lui-même, actuel Premier ministre, a été directement infecté par le logiciel.

  • Sept ministres français au total ont vu leurs téléphones portables compromis.

  • Le portable du président Emmanuel Macron figurait également sur la liste des cibles potentielles.

  • Des notes de la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) corroborent ces éléments, estimant que le Maroc utilise activement Pegasus depuis 2017.

Face à ces éléments, la question de la franchise des discussions bilatérales est posée. Interrogés sur une éventuelle demande de garanties ou l’évocation du sujet Pegasus lors de ce déplacement officiel, ni l’Élysée ni Matignon n’ont pour le moment apporté de réponse.

Des téléphones « préinfectés » et une répression intérieure documentée

Au-delà du ciblage international, l’enquête s’appuie sur le témoignage exceptionnel d’un ancien agent des renseignements marocains. Ce dernier confirme l’usage massif et systématique de Pegasus au niveau national, malgré les dénégations continues de Rabat.

Durant la contestation populaire du Rif, les services de sécurité auraient déployé des méthodes extrêmement sophistiquées, allant jusqu’à livrer des téléphones préinfectés en boutique avant leur vente pour surveiller militants et journalistes, à l’instar d’Omar Radi. Pegasus permet de prendre le contrôle total des caméras, des micros et d’intercepter les données des messageries hautement sécurisées comme Signal ou WhatsApp.

Quand la France convoitait aussi Pegasus

Le volet le plus inattendu de cette enquête révèle que plusieurs administrations françaises ont activement étudié l’acquisition de ce puissant logiciel espion auprès de la société israélienne NSO Group entre 2019 et 2020.

Le projet a finalement fait l’objet d’un arbitrage de l’Élysée fin 2020. Selon les témoignages recueillis, c’est Emmanuel Macron lui-même qui a mis fin aux démarches, invoquant des impératifs de souveraineté technologique et le risque réputationnel majeur qu’un tel outil ferait peser sur l’État français. Une prudence qui prend tout son sens aujourd’hui, alors que la France se retrouve au cœur d’une affaire d’État qu’elle ne peut plus ignorer.